Aller vers les personnes en situation de handicap – Retour sur le Forum régional Sciences et Société 2026

Publié par Science(s) en Occitanie, le 23 septembre 2026   1

Le Forum régional Sciences et Société réunit chaque année en Occitanie une centaine de professionnels engagés dans le dialogue entre les sciences et la société. Chercheurs, médiateurs scientifiques, journalistes, collectivités, associations, établissements culturels et d'enseignement s'y retrouvent pour partager leurs expériences, croiser leurs regards et faire émerger de nouvelles pratiques.

L'édition 2026 était consacrée au thème « Aller vers » : comment toucher de nouveaux publics, créer de nouveaux partenariats, adapter nos pratiques et imaginer des formes de médiation toujours plus inclusives, participatives et ancrées dans les réalités des territoires. Retrouvez tous les comptes rendus sur cet article.

Retour sur l’atelier «  Aller vers les personnes en situation de handicap », animé par Renaud Sorot, Directeur de Kimiyo, et Morgane Gibert, Chercheuse et co-animatrice du réseau ReSACo.

L'accessibilité ne se résume pas à des aménagements

Les premiers échanges rappellent une évidence qui mérite pourtant d'être formulée : parler des personnes en situation de handicap ne revient pas à parler d'un public homogène. Les besoins varient considérablement selon les situations, mais aussi selon les individus eux-mêmes. L'accessibilité ne peut donc pas être réduite à une liste de solutions techniques applicables partout.

Les animateurs insistent sur un changement de regard : plutôt que de chercher à « compenser » un handicap, il s'agit de concevoir des expériences qui permettent à chacun de s'approprier les contenus scientifiques avec ses propres modalités de perception et d'apprentissage.

Cette logique conduit progressivement à dépasser la notion d'adaptation pour tendre vers celle d'accessibilité universelle : des dispositifs pensés dès l'origine pour être utilisables par le plus grand nombre, au-delà de parcours spécifiques ou de médiations séparées.

Concevoir avec les publics plutôt que pour les publics

Plusieurs projets illustrent concrètement cette philosophie.

L'un des exemples présentés est celui des Petits explorateurs tactiles du Muséum de Toulouse. Le projet n'est pas né d'une réflexion interne menée par des médiatrices et médiateurs, mais d'une collaboration entre le Muséum, une maison d'édition spécialisée, des chercheuses et chercheurs et surtout des enfants déficients visuels de l'Institut des Jeunes Aveugles de Toulouse. Ensemble, ils ont imaginé une nouvelle manière de découvrir les collections du musée.

Le résultat dépasse largement une simple adaptation. Les objets peuvent être explorés par le toucher grâce à des illustrations en relief, les textes sont disponibles en braille, des contenus sonores sont accessibles par QR codes, tandis que textures, températures ou dureté deviennent elles-mêmes des supports de médiation scientifique. L'expérience mobilise simultanément plusieurs sens et profite finalement à tous les visiteurs, qu'ils soient voyants ou non.

L'association Les Chemins Buissonniers développe des dispositifs tangibles permettant d'explorer des objets scientifiques grâce au toucher : planches en relief, expositions multisensorielles, représentations tactiles du cerveau ou encore du blob. L'objectif n'est pas uniquement de rendre les contenus accessibles aux personnes déficientes visuelles, mais d'enrichir l'expérience de tous les publics en diversifiant les modes d'exploration.

Autre illustration, le programme « Apprentis chercheurs » a été adapté en langue des signes afin de permettre à des jeunes sourds de participer pleinement à une véritable démarche de recherche scientifique, aux côtés de chercheurs et chercheuses. Là encore, il ne s'agit pas de simplifier les contenus scientifiques, mais de rendre la pratique de la recherche elle-même accessible.

Ces initiatives rappellent que les contraintes d'accessibilité constituent souvent un formidable moteur d'innovation pédagogique, avec notamment l’intégration d'expériences plus immersives et multi-sensorielles . Elles conduisent à inventer de nouveaux objets, de nouvelles formes de narration ou de nouvelles interactions dont bénéficient finalement tous les visiteurs.

Aller vers suppose aussi d'aller chercher les personnes

Les échanges ne portent toutefois pas uniquement sur les outils de médiation.

Les participants rappellent que de nombreuses personnes en situation de handicap restent éloignées des lieux culturels et scientifiques. Les chiffres présentés pendant la session montrent notamment qu'elles fréquentent moins les équipements culturels que l'ensemble de la population et participent également moins aux activités citoyennes.

Cette réalité amène une question essentielle : Comment aller vers ces publics lorsqu'ils ne fréquentent pas spontanément les structures ou événements de culture scientifique ? 

La discussion a ainsi porté sur comment co-construire non pas “pour” mais “avec” en s’appuyant sur la synergie d’un triptyque : production des savoirs, médiation et publics avec ou sans handicap. Elle s'est conclue en invitant les participantes et participants à échanger collectivement sur trois dimensions complémentaires : les acteurs relais susceptibles d'être mobilisés, les dispositifs ou projets existants sur lesquels s'appuyer et les approches à privilégier pour construire des partenariats durables.

A émergé l'importance des associations spécialisées, des établissements médico-sociaux, des structures d'accompagnement, mais aussi des familles et des aidants. Ces relais apparaissent comme des partenaires essentiels pour co-construire des actions adaptées, identifier les besoins réels et instaurer une relation de confiance.

Une médiation plus inclusive profite à tout le monde

Ainsi, au fil des échanges, une idée s'impose. L'accessibilité ne constitue pas une démarche parallèle réservée à quelques publics. Elle représente une manière différente de penser la valorisation et la médiation scientifique.

Concevoir des expériences multisensorielles, diversifier les supports, co-construire les projets avec les personnes concernées, multiplier les façons d'entrer dans un sujet scientifique : autant de principes qui améliorent la qualité des dispositifs pour l'ensemble des visiteurs.

Autrement dit, “aller vers” les personnes en situation de handicap ne consiste pas seulement à ouvrir davantage les portes des établissements culturels. C'est aussi accepter que leurs expériences, leurs usages et leurs besoins puissent transformer durablement notre manière de partager les sciences.

Pour échanger avec les intervenants : 

Renaud Sorot, Directeur de Kimiyo et co-animateur du réseau Science(s) en Occitanie, renaud@kimiyo.fr 

Morgane Gibert, Chercheuse et co-animatrice du réseau ReSACo, morgane.gibert@utoulouse.fr 

Retrouvez tous les comptes rendus sur cet article.