Au nord-est du Brésil, la recherche-action au service des artisanes Potiguaras
Publié par IRD Occitanie, le 13 mars 2026
Des artisanes autochtones peinent à vivre de leur travail mais sont accompagnées par la chercheuse Lucilène Bandeira pour structurer leur activité.
Lucilène Bandeira est professeure à
l’Université Fédérale de Paraíba et membre du laboratoire mixte
international IDEAL, où la recherche interdisciplinaire crée des ponts
entre l’agroécologie, l’intelligence artificielle et les sciences
sociales pour co-construire des modèles agroécologiques et
socio-économiques durables.

« Situé dans le nord-est du Brésil, un des objectifs principaux du LMI est de valoriser les cultures et savoirs autochtones de la région qui ont des solutions concrètes d’adaptation aux effets du changement climatique. Cela passe par différents travaux, comme l’utilisation de modèles d’intelligence artificielle pour étudier, planifier et restaurer la connectivité entre les hotspots de biodiversité dans les fragments de la Forêt Atlantique, mais aussi par l’implication des scientifiques aux côtés des communautés, comme ici avec la co-construction de solutions économiques pérennes », explique Laure Berti-Equille, cofondatrice du LMI.
Animée par le besoin de développer un
projet qui ait un impact social direct et concret auprès de populations
historiquement invisibles, Lucilène Bandeira a établi un premier contact
avec des artisanes du groupe indigène Potiguara lors d’un salon local
de l’artisanat dans l’État de Paraíba. Bien que le travail de ces
dernières soit culturellement riche et de grande qualité, la
scientifique remarque qu’elles rencontrent des difficultés dans leurs
stratégies de vente, l’organisation de l’exposition et l’approche des
clients.
« Ma formation en administration, avec une spécialisation en entrepreneuriat, pouvait ici trouver un écho vraiment utile, au croisement du développement économique et de la justice sociale, explique la chercheuse. Le projet est donc né de la convergence entre l'engagement social, l'expérience universitaire et la conviction que l'entrepreneuriat peut être un outil d'émancipation lorsqu'il est construit de manière respectueuse et collaborative ».
Des difficultés structurelles et écologiques
Lucilène
Bandeira monte alors un projet de recherche-action, une méthode de
recherche scientifique qui combine action sur le terrain et production
de connaissances afin de transformer et analyser une situation réelle.
Afin d’assurer son acceptation par les artisanes, une première étape de
médiation a été réalisée par les étudiants autochtones présents sur le
campus d’IDEAL, et désirant participer au projet. « Cela a considérablement renforcé le sentiment de confiance et d’appartenance »,
explique la chercheuse. Après ce premier contact, des cercles de
discussion ont été organisés dans les villages ou chez les artisanes
afin qu’elles puissent partager leurs expériences et leurs difficultés,
et identifier leurs besoins.

« Nous luttons sans relâche pour vivre de notre travail », témoigne Talita Brito da Silva, artisane Potiguara impliquée dans le projet. « La collecte de graines dans la nature est difficile en raison de la déforestation dans la région, ce qui oblige nombre d’entre nous à en acheter dans un autre État. De plus, l’absence d’un lieu spécifique pour la vente des produits artisanaux — généralement vendus lors de foires ponctuelles — ainsi que l’accès compromis à certains villages en raison de l’avancée de la mer, constituent des problèmes récurrents », explique-t-elle.
Entre pratiques traditionnelles et gestion économique
Lors
de ces ateliers, les femmes Potiguara ont notamment exprimé le besoin
d’augmenter leurs ventes et de générer des revenus plus stables. « Cette
demande a révélé des enjeux structurels, car l’artisanat existe déjà
comme activité économique, mais il fonctionne de manière informelle,
saisonnière et peu organisée », indique la chercheuse. Alors, pour
répondre aux besoins exprimés, Lucilène Bandeira et les artisanes ont
organisé des ateliers consacrés à la co-construction de solutions. « Lors de ces rencontres, nous articulions les savoirs traditionnels et les connaissances en gestion », explique la scientifique.
« Afin de vendre nos produits à un prix juste tout au long de l’année, nous cherchons à formaliser une association ou une coopérative pour participer à des foires dans d’autres états et obtenir des formations en gestion organisées sur le territoire. Nous recherchons également des partenaires pour créer un site web où nous pourrons raconter l’histoire de chaque artisane et du peuple Potiguara, et commercialiser les pièces produites par ces femmes », ajoute Talita Brito da Silva. Une nouvelle étape qu’il s’agira dorénavant de développer grâce à la recherche de financements en répondant à des appels à projets.
La science au service du développement
La recherche-action ne se limite pas à valoriser symboliquement les créations des artisanes, dont la valeur culturelle est déjà immense. Elle vise aussi à renforcer la dimension organisationnelle et managériale de ces activités. « Le projet développé par la professeure Lucilène Bandeira nous aide sur toute la chaîne de production, depuis la fixation du prix du produit jusqu’à la promotion et la vente de l’artisanat », conclut Talita Brito da Silva. « Il permet ainsi aux femmes d’être plus autonomes dans la production artisanale, tout en gérant leur vie de famille et la création d’entreprise. »
Preuve que l'artisanat indigène Potiguara commence à être reconnu, une pièce réalisée par l'une des artisanes accompagnées par le projet de Lucilène Bandeira, originaire du village de São Francisco, a récemment été remise au président Emmanuel Macron lors de sa visite sur le bateau Iaraçu, caravane scientifique de l'IRD organisée pour la COP 30 à Belém.
Louise Hurel, IRD le Mag'
Contact :
Laure Berti-Equille, ESPACE-DEV (IRD/Université de Montpellier/Université Guyane/Université de La Réunion/Université de Nouvelle-Calédonie/Université des Antilles/Université de Perpignan Via Domitia)
Lucilène Bandeira, Université fédérale de Paraíba, João Pessoa, Brésil
Source : https://lemag.ird.fr/fr/au-nor...
Photo de bandeau : IRD - Lucilène Bandeira
