Sciences et Recherches participatives – Retour sur le Forum régional Sciences et Société 2026

Publié par Science(s) en Occitanie, le 23 septembre 2026   1

Le Forum régional Sciences et Société réunit chaque année en Occitanie une centaine de professionnels engagés dans le dialogue entre les sciences et la société. Chercheurs, médiateurs scientifiques, journalistes, collectivités, associations, établissements culturels et d'enseignement s'y retrouvent pour partager leurs expériences, croiser leurs regards et faire émerger de nouvelles pratiques.

L'édition 2026 était consacrée au thème « Aller vers » : comment toucher de nouveaux publics, créer de nouveaux partenariats, adapter nos pratiques et imaginer des formes de médiation toujours plus inclusives, participatives et ancrées dans les réalités des territoires. Retrouvez tous les comptes rendus sur cet article.

Retour sur l’atelier participatif “Sciences et recherches participatives : Comment repérer et faire émerger des questions sur un territoire donné ?” animé par Julien Mary, ingénieur de recherche CNRS, docteur en Histoire, référent scientifique de la MSH SUD, Marc Conesa, professeur d'histoire moderne, vice-président en charge des sciences ouvertes et de l’interdisciplinarité à l’Université de Perpignan Via Domitia, Sébastien Martareche, codirecteur des Petits Débrouillards Occitanie, Rachel Arnould, chargée de projet sciences-société - coordination scolaire et territoriale au sein de la Communauté d’universités et établissements de Toulouse, Nathan Clavere, chargé de médiation scientifique et culturelle, participative chez Trait d'Union - MSH Sud, et avec l’appui de Delphine Laurant, coordinatrice de Trait d’Union.

Sciences et recherches participatives : partir des territoires pour construire la recherche

Comment faire en sorte que la recherche réponde davantage aux préoccupations de la société ? Et surtout, comment faire émerger ces préoccupations lorsqu'elles restent encore invisibles ou peu entendues ? C'est à ces questions qu'était consacré cet atelier réunissant les trois Boutiques des sciences d'Occitanie, et animé par Julien Mary (MSH SUD), Marc Conesa (Université de Perpignan Via Domitia), Rachel Arnould (Comue de Toulouse) et Sébastien Martareche (Les Petits Débrouillards Occitanie). À travers de nombreux retours d'expérience et un débat nourri avec les participants, les échanges ont mis en lumière une conviction commune : pour produire des connaissances utiles, il faut d'abord apprendre à écouter les acteurs du territoire.

Les Boutiques des sciences renversent une logique longtemps dominante : au lieu de partir des connaissances produites par les laboratoires pour ensuite les diffuser, elles commencent par recueillir les préoccupations exprimées par des associations, des citoyens, des collectivités ou d'autres acteurs locaux. Leur rôle est ensuite de transformer ces préoccupations en questions de recherche, puis de mettre en relation les porteurs de ces problématiques avec des équipes scientifiques capables d'y répondre.

Les trois structures présentes illustrent cette diversité d'approches. À Montpellier, Trait d'Union, porté par la MSH SUD, agit comme un tiers-lieu de recherche chargé d'identifier des problématiques de territoire, puis d'accompagner la construction de projets de recherche participative ou de médiation scientifique. À Perpignan, la Boutique des sciences est née pour répondre aux vulnérabilités spécifiques d'un territoire rural particulièrement confronté aux enjeux climatiques, sociaux et économiques. À Toulouse, la Boutique des sciences, intégrée au programme TIRIS, développe des partenariats au plus près des territoires sur l’ensemble de l’académie de Toulouse et met l'accent sur la « co-recherche », afin de favoriser toutes les formes de collaboration entre recherche et société civile. Un des enjeux majeurs de la “co-recherche” est de recréer du lien entre institution et publics parfois très éloignés de la recherche. Certains projets sont de formidables leviers pour lutter contre le clivage de notre société.  

Aller vers les acteurs du territoires pour faire émerger les questions

L'un des principaux défis consiste à repérer des préoccupations qui ne franchissent pas spontanément les portes de l'université. Les intervenants ont présenté plusieurs méthodes complémentaires mises en œuvre au sein des Boutiques des sciences.

À Montpellier, les leviers mobilisés sont : des enquêtes de terrain réalisées avec des étudiants, des ateliers réunissant habitants et acteurs locaux autour d'enjeux identifiés, ou encore implantation progressive de nouveaux lieux de proximité afin de mieux irriguer les territoires éloignés des grands centres urbains.

Certaines questions arrivent directement par des associations, comme celle de la Brigade du Tigre, qui s'interrogeait sur la faible prise en compte du moustique tigre par les pouvoirs publics. Accompagné par Trait d’Union, et après mise en relation avec des chercheurs, un étudiant de master a contribué à transformer cette préoccupation en projet de recherche co-construit avec l'association.

D'autres démarches sont plus proactives. À Perpignan, les équipes ont réalisé une cartographie des associations en s'appuyant notamment sur la presse locale, avant d'organiser des ateliers d'émergence dans plusieurs territoires ruraux. Un appel à manifestation d'intérêt a ensuite permis de recueillir une trentaine de propositions dès la première année, révélant des préoccupations fortes autour de l'agroécologie, de l'eau ou encore des transitions territoriales.

La Boutique des sciences TIRIS met en place des ateliers d’émergence, les porteurs de projet viennent présenter leur projet et bénéficient des questions, des remarques et propositions de la part d’un panel de scientifiques et d’acteurs de la société.

Les limites d'un dispositif qui cherche à sortir de l'entre-soi

Les intervenants ont également insisté sur les difficultés rencontrées. Malgré les efforts engagés, les projets restent souvent concentrés autour des grandes villes ou portés par des associations déjà proches du monde académique. Le risque est alors de voir se constituer un cercle relativement fermé de partenaires habituels, au détriment d'autres acteurs moins identifiés.

Les moyens limités des Boutiques des sciences constituent également un frein. Leur ancrage universitaire facilite les liens avec la recherche, mais rend plus difficile une présence continue sur l'ensemble des territoires. Plusieurs intervenants ont ainsi souligné la nécessité de développer de nouveaux relais locaux pour mieux repérer les préoccupations émergentes.

Les médiateurs scientifiques ont-ils un rôle à jouer ?

C'est autour de cette question que les échanges avec les participants se sont révélés les plus riches. Les animateurs ont volontairement ouvert le débat en proposant deux interrogations : comment les acteurs de la médiation scientifique peuvent-ils contribuer à faire émerger des problématiques de recherche ? Et comment peuvent-ils ensuite accompagner le partage des connaissances produites ?

Les réponses ont parfois divergé. Pour certains participants, faire émerger des problématiques sociales ne relève pas directement du métier de médiateur scientifique, qui consiste avant tout à créer un pont entre les connaissances scientifiques et les publics. D'autres ont au contraire défendu une vision plus large de la médiation, fondée sur la présence dans les territoires, l'écoute des habitants et la capacité à identifier des préoccupations qui n'atteignent pas spontanément les laboratoires de recherche.

Les représentants des Petits Débrouillards ont notamment rappelé que les réseaux de médiation disposent d'un maillage territorial précieux, notamment dans les quartiers populaires ou les zones rurales. Cette proximité avec les habitants permet selon eux de repérer des problématiques sociales, de valoriser les savoirs issus du terrain et de faciliter le dialogue entre chercheurs et citoyens. Les médiateurs peuvent ainsi jouer un rôle d'interface, aussi bien pour faire émerger des questions que pour accompagner ensuite la diffusion et l'appropriation des connaissances produites.

Au terme des échanges, une piste s'est ainsi dessinée : développer davantage de coopérations entre ces deux mondes afin de mieux faire émerger les enjeux  des territoires et d'accompagner la transformation des connaissances en leviers d'action. Une manière, en somme, de faire de la recherche non plus seulement un outil de production de savoirs, mais aussi un outil au service des territoires et de leur pouvoir d'agir.

De la production des connaissances à leur pouvoir d'agir

Les discussions ont également porté sur ce qui se passe une fois la recherche terminée. Plusieurs participants ont souligné qu'un rapport scientifique ne suffit pas : les connaissances produites doivent pouvoir être comprises, adaptées aux différents publics et surtout réutilisées.

Un retour d'expérience consacré à un Living Lab sur la réutilisation de l'eau a illustré cette idée. Selon les destinataires, les besoins diffèrent fortement : certains attendent une synthèse d'une page, d'autres un stand lors d'un festival, d'autres encore des documents techniques plus détaillés. Cette diversité conduit à imaginer une palette d'outils de médiation afin de rendre les résultats véritablement « actionnables », c'est-à-dire mobilisables par les acteurs de terrain.

Au-delà des formats de restitution, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de reconnaître les savoirs déjà présents dans les territoires. Les savoirs citoyens, associatifs ou professionnels ne sont pas seulement des témoignages : ils constituent des connaissances qui peuvent enrichir la recherche et dialoguer avec les savoirs académiques. Cette reconnaissance mutuelle apparaît comme une condition essentielle pour construire une véritable co-recherche.

Plus qu'une méthode, les sciences et recherches participatives apparaissent ainsi comme une invitation à changer de regard : avant d'apporter des réponses, il faut d'abord prendre le temps d'écouter les questions qui émergent sur les territoires.

Pour échanger avec les animateurs : 

Delphine Laurant, coordinatrice de Trait d’Union, delphine.laurant@umpv.fr 

Julien Mary, Ingénieur de recherche CNRS, docteur en Histoire, référent scientifique de la MSH SUD, julien.mary@cnrs.fr 

Marc Conesa, professeur d'histoire moderne, vice-président en charge des sciences ouvertes et de l’interdisciplinarité à l’Université de Perpignan Via Domitia, marc.conesa@univ-perp.fr 

Muriel Dutrait, chargée de projets Boutique des sciences TIRIS, muriel.dutrait@univ-toulouse.fr 

Sébastien Martareche, codirecteur des Petits Débrouillards Occitanie, s.martareche@lespetitsdebrouillards.org 


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