Toulouse : L’incroyable surprise dissimulée dans les murs de l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques
Publié par Sophie Lambert, le 4 janvier 2026 160
Les chantiers de rénovation réservent parfois des surprises historiques aussi marquantes que les découvertes faites en pleine nature. Si l'on s'émerveille devant ce détectoriste qui trouve une hache vieille de 4 000 ans dans le champ familial, les murs de Toulouse prouvent aujourd'hui que le bâti urbain recèle, lui aussi, des merveilles insoupçonnées. La restauration des façades de l’Hôtel-Dieu vient de mettre au jour des boiseries qui pourraient traverser les millénaires.
C’est un événement rare qui agite le monde du patrimoine toulousain. Depuis 2023, l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques fait l’objet d’une vaste campagne de restauration, notamment sur ses façades emblématiques qui surplombent la Garonne. Alors que la troisième tranche des travaux débutait en ce début d’année 2025, les équipes techniques ont procédé à une intervention sur une zone précise, située près de la Cour d’Honneur. Cette opération de routine s’est transformée en une véritable découverte archéologique lorsque les ouvriers ont dégagé une ouverture ancienne, murée depuis plusieurs siècles.
Une fenêtre médiévale figée dans le temps

L’élément central de cette trouvaille est une fenêtre géminée, typique de l’architecture romane, dissimulée sur une façade datant du XIIe siècle. Cette ouverture correspondait à l’emplacement de la chapelle médiévale originelle. Selon les premières analyses, cette baie aurait été condamnée aux alentours de 1674, lors de l’édification d’une aile perpendiculaire du bâtiment. Le débouchage de cette structure a révélé une conservation spectaculaire.
Si la présence d’une colonne en marbre ornée d’un chapiteau sculpté constituait une hypothèse probable pour les experts, la réalité a dépassé les attentes. En effet, la niche abritait deux volets en bois monumentaux. Hauts d’au moins 2,20 mètres pour une largeur avoisinant les 0,90 mètre, ces battants sont restés en place, protégés des regards et des éléments par la maçonnerie du XVIIe siècle.
La présence de bois d’œuvre aussi ancien est rarissime. Ces menuiseries sont mécaniquement antérieures à l’obstruction de la fenêtre. L’hypothèse qui tient les spécialistes en haleine est vertigineuse : ces volets pourraient dater de la construction initiale, soit du XIIe siècle. Si cette théorie se confirme, il s’agirait d’une découverte patrimoniale majeure offrant un témoignage direct et intact de la menuiserie médiévale.
Vers une datation scientifique précise
Face à la singularité de ces vestiges, une procédure scientifique rigoureuse a été immédiatement enclenchée. Des prélèvements ont été effectués sur le bois afin d’en déterminer l’essence et l’âge exact. Cette mission délicate a été confiée à une anthracologue du bureau d’investigations archéologiques Hadès. Une analyse au radiocarbone permettra de fixer la chronologie de ces éléments avec une faible marge d’erreur.
En parallèle, le laboratoire Archéosciences de Bordeaux a reçu des échantillons de briques et de mortiers prélevés sur les élévations environnantes pour affiner la compréhension des phases de construction.
Toutefois, l'exposition soudaine de ces matériaux organiques à l'air libre, à la lumière et aux variations thermiques représente un risque immédiat de dégradation. Pour pallier cette menace, la baie géminée a été refermée provisoirement à l’aide de matériaux spécifiques destinés à stabiliser l’environnement des volets.
Il ne faut cependant pas s’attendre à trouver autre chose derrière ces vantaux : l’arrière de la fenêtre donne directement sur la maçonnerie de la seconde chapelle, mise en service en 1863. Le véritable joyau réside bel et bien dans ces quelques planches de bois qui ont survécu à l’histoire. Les résultats des analyses sont désormais attendus pour confirmer si Toulouse possède là l’un des plus vieux ensembles de volets de France.
