Après la dengue et le chikungunya, le moustique tigre pourrait aussi transmettre le virus Tonate
Publié par IRD Occitanie, le 26 mars 2026
Un virus encore peu connu circulant en Amazonie pourrait être transmis par un
moustique désormais répandu dans de nombreuses régions du monde.
Après avoir goûté aux épidémies de dengue
et de chikungunya, l’humanité pourrait bien connaître les rigueurs d’un
nouveau pathogène émergent : le virus Tonate. Longtemps resté dans
l’ombre des grands virus tropicaux, celui-ci attire désormais
l’attention des scientifiques. Identifié pour la première fois dans les
années 1970 en Guyane française, cet arbovirus transmis par des
moustiques circule surtout dans les forêts d’Amérique du Sud. Chez
l’humain, l’infection provoque généralement une fièvre accompagnée de
douleurs musculaires et de maux de tête, des symptômes proches de ceux
d’autres maladies virales comme la dengue ou le chikungunya.
Mais ce
pathogène discret pourrait avoir un potentiel de diffusion bien plus
large qu’on ne l’imaginait. Les scientifiques de l’IRD et leurs
partenaires ont en effet montré que le moustique tigre (Aedes
albopictus), aujourd’hui installé dans de nombreuses régions du monde,
est capable de transmettre ce virus après avoir été infecté. Une
découverte qui soulève de nouvelles questions sur les risques
d’émergence de maladies transmises par les moustiques.
Un pathogène discret qui intrigue les scientifiques
Le
virus Tonate appartient à la famille des alphavirus, un groupe qui
comprend plusieurs agents pathogènes responsables d’épidémies humaines.
Dans la nature, il circule surtout entre des moustiques et des animaux
sauvages — notamment des oiseaux et, plus récemment, des chauves-souris —
dans les milieux forestiers d’Amérique du Sud, en particulier en Guyane
française et dans certaines régions d’Amazonie.
Pendant longtemps,
ce virus a été considéré comme relativement rare. Les cas humains
documentés sont peu nombreux et les symptômes restent généralement
modérés, ce qui contribue sans doute à sa sous-détection. Mais l’intérêt
scientifique pour ce virus a récemment augmenté, notamment après la
description de malformations cérébrales chez des fœtus lorsque
l’infection survient en début de grossesse.

« C’est
un virus qui passe souvent inaperçu parce que ses symptômes ressemblent
à ceux de la dengue, mais dans certains cas rares, il peut provoquer
des atteintes neurologiques graves et une transmission de la mère au
fœtus », explique Dorothée Missé, virologue à l’IRD au sein de l’unité
MIVEGEC.
Ces observations rappellent le scénario du virus Zika, longtemps négligé avant de provoquer une crise sanitaire internationale.
Seulement cinq jours pour devenir contagieux
Parmi
les insectes susceptibles de jouer un rôle dans la propagation des
arbovirus, Aedes albopictus est l’un des plus préoccupants. Originaire
d’Asie, il s’est répandu en quelques décennies sur tous les continents,
profitant de la mondialisation des échanges et de sa grande capacité
d’adaptation.
Aujourd’hui, il est installé dans une grande partie de
l’Europe, y compris en France, où il est présent dans plus de 70
départements. On sait déjà qu’il peut transmettre plusieurs virus
importants, notamment la dengue, le chikungunya et le virus Zika.
Les
spécialistes ont donc voulu savoir s’il pouvait aussi transmettre le
virus Tonate. Pour cela, ils ont infecté en laboratoire des moustiques
provenant de France métropolitaine et de l’île de La Réunion.
Les
résultats montrent que le virus se multiplie efficacement dans
l’organisme de l’insecte et franchit rapidement les différentes
barrières biologiques jusqu’aux glandes salivaires.

« Nous
avons suivi étape par étape le parcours du virus dans le moustique, et
observé qu’il atteignait les glandes salivaires en seulement quelques
jours, signe qu’il peut être transmis très rapidement », explique
Isabelle Conclois, ingénieure en virologie à l’IRD.
En cinq jours à peine, le virus atteint la salive du moustique, qui devient alors capable de le transmettre
Dorothée Missé
Tonate, un alphavirus
circulant en Amazonie, pourrait être transmis par le moustique tigre,
désormais présent dans de nombreuses régions du monde.
© Visuel reconstitué à partir de sources iconographiques
Les
scientifiques montrent aussi que, dans certaines conditions, ce
pathogène franchit plus efficacement les barrières internes de l’insecte
que le chikungunya, pourtant bien connu pour sa capacité de diffusion.
Un résultat qui suggère un potentiel de transmission élevé si les
conditions sont réunies.
Un scénario d’émergence déjà bien connu.
Pour
l’instant, le virus Tonate reste essentiellement cantonné à l’Amazonie.
Mais la combinaison de deux facteurs — la mobilité croissante des
populations humaines et l’expansion mondiale des moustiques vecteurs —
pourrait changer la donne.
« Si un patient infecté arrive pendant
sa phase virémique dans une zone où le moustique tigre est présent, une
transmission locale devient possible », alerte Dorothée Missé.
Autrement
dit, les conditions d’une diffusion rapide existent déjà. Comme pour le
chikungunya ou Zika, l’émergence ne dépend pas seulement du virus
lui-même, mais de la rencontre entre un agent pathogène, un vecteur et
des populations humaines.
« L’objectif est d’anticiper le risque vectoriel avant qu’une épidémie ne survienne », insiste la virologiste.
Dans
un contexte de changement global, où les écosystèmes évoluent et les
espèces se déplacent, des virus jusque-là confinés à des zones
forestières pourraient ainsi trouver de nouvelles opportunités de
circulation.
Olivier Blot, IRD le Mag'
CONTACTS
Dorothée Missé, MIVEGEC (IRD/CNRS/Université de Montpellier/Inrae)
Isabelle Concloix, MIVEGEC (IRD/CNRS/Université de Montpellier/Inrae)
PUBLICATION
Isabelle Moltini-Conclois, Wipaporn Khanom, Elliott Miot, Ai-Rada Pintong, Hermann Landry Munshili Njifon, Carole Ginebre, Valérie Choumet, Bruno Coutard, Cédric Mariac, Pierre Roques, Agathe Colmant, Géraldine Piorkowski, Julien Pompon & Dorothée Missé, Vector competence of Aedes albopictus for Tonate virus highlights transmission risks in temperate and tropical regions, Emerging Microbes & Infections, 3 septembre 2025
DOI : 10.1080/22221751.2025.2547733
Source : https://lemag.ird.fr/fr/apres-...
Photo de bandeau : Visuel reconstitué à partir de sources iconographiques
