Ebola Bundibugyo : la recherche aux avant-postes de la riposte
Publié par IRD Occitanie, le 19 août 2026
En République démocratique du Congo, la recherche menée par l'IRD et l'INRB est le point de départ de la lutte contre l’épidémie actuelle d’Ebola.
L'essentiel
La lutte contre l'épidémie d'Ebola Bundibugyo en République démocratique du Congo débute au laboratoire. Grâce aux capacités développées de longue date par l'IRD et l'INRB, le virus a été identifié et séquencé en quelques heures, orientant immédiatement diagnostics, vaccins et surveillance. Sur le terrain, les analyses génomiques permettent ensuite de retracer les chaînes de transmission et d'adapter la riposte malgré un contexte sécuritaire et logistique extrêmement difficile.
Les premiers malades présentaient tous
les signes d'une fièvre hémorragique. Pourtant, tant que le virus
responsable n'était pas identifié, impossible de savoir quels tests
utiliser, quels vaccins pourraient protéger les populations ou encore
comment suivre la propagation de l'épidémie. En République démocratique
du Congo, la riposte contre Ebola ne débute donc ni dans les centres de
traitement ni auprès des équipes chargées de retrouver les personnes
contacts. Elle commence au laboratoire.
Le 14 mai 2026, les premiers
échantillons arrivent à l'Institut national de recherche biomédicale
(INRB). En moins de seize heures, les scientifiques, soutenus par leurs
partenaires de l'IRD dans le cadre de la plateforme PRISME RDC,
obtiennent deux génomes presque complets du virus. Le résultat est
inattendu : il ne s'agit pas de la souche Ebola Zaïre, responsable de la
plupart des grandes épidémies récentes, mais d'Ebola Bundibugyo,
beaucoup plus rare. Cette découverte change instantanément le cours de
la riposte. Elle explique pourquoi les tests classiques n'avaient pas
permis d'identifier rapidement la maladie, conduit à la déclaration
officielle de l'épidémie, oriente le développement de nouveaux outils
diagnostiques et permet d'évaluer l'efficacité potentielle des vaccins
disponibles.
Comme souvent face aux maladies émergentes, la recherche
ne vient donc pas après l'urgence sanitaire : elle en constitue l'un
des premiers leviers d'action.
Le programme AFROSCREEN équipe et forme les laboratoires africains pour surveiller les virus émergents.
© IRD - Alain Tendero
Identifier le virus pour savoir comment agir
Cette
réactivité est le fruit d'un travail engagé bien avant l'apparition de
l'épidémie. Depuis plusieurs années, les équipes de l'IRD et de l'INRB
renforcent ensemble les capacités de recherche en RDC : formation de
scientifiques, développement de nouvelles méthodes de diagnostic et de
séquençage, équipement des laboratoires... Le programme de coopération
AFROSCREEN financé par l’AFD a notamment permis de doter les
laboratoires de treize pays africains des outils nécessaires pour
détecter rapidement les virus émergents et en décrypter le génome.
Ainsi, lorsque les premiers cas apparaissent, les équipes sont prêtes à
identifier l'agent responsable en quelques heures.

« Ce
renforcement des capacités nous a permis d'être prêts dès l'apparition
d'une nouvelle émergence : séquençage rapide du virus et identification
précise de l'agent pathogène en cause », résume Éric d'Ortenzio, médecin
épidémiologiste et directeur du département Santé & Sociétés de
l'IRD.
L'identification de la souche permet
également de partager immédiatement les données avec la communauté
scientifique internationale. Les analyses montrent qu'il s'agit
vraisemblablement d'une nouvelle transmission du virus depuis un
réservoir animal, distincte des épidémies de 2007 et 2012. En parallèle,
des chercheurs développent déjà un test PCR spécifique à cette souche,
tandis que d'autres réévaluent en urgence les vaccins existants contre
Ebola Zaïre. Les premiers résultats indiquent que ceux-ci déclenchent
bien une réponse immunitaire contre Bundibugyo, mais plus faible que
contre la souche pour laquelle ils ont été conçus.
Les données guident chaque décision sur le terrain
Une
fois l'épidémie déclarée, le travail des scientifiques est loin d'être
terminé. Chaque journée apporte son lot de prélèvements à analyser, de
génomes à séquencer et d'indicateurs à interpréter. Toutes ces
informations alimentent directement les décisions des équipes chargées
de la riposte.
Dès les premiers résultats, les autorités ougandaises
sont averties qu'un filovirus circule à proximité de leur frontière.
Cette alerte précoce leur permet d'identifier rapidement leurs premiers
cas importés et d'engager immédiatement la recherche des personnes
contacts. Cette circulation rapide de l'information a permis au pays
voisin de gagner un temps précieux.
Mais le séquençage continue
ensuite de jouer un rôle essentiel. Les différences accumulées par le
virus au fil des contaminations permettent de reconstituer les chaînes
de transmission, même lorsque les enquêtes classiques atteignent leurs
limites. Les habitants peuvent oublier certains contacts, hésiter à
répondre aux enquêteurs ou cacher certaines informations. Le génome,
lui, conserve la trace des contaminations.

« Le
séquençage nous aide à retracer les liens de transmission d'une
personne à une autre lorsque la surveillance classique ne permet pas de
les retrouver », indique Eddy Lusamaki, médecin microbiologiste,
spécialiste de la génomique des agents pathogènes à l'INRB et
post-doctorant dans l’unité TransVIHMI de l’IRD.
Depuis Kinshasa, Eddy Lusamaki participe à
la réponse scientifique à l'épidémie en analysant les échantillons
transmis depuis les zones touchées et en appuyant la surveillance
génomique du virus.
Les scientifiques suivent également des
indicateurs comme le nombre de décès communautaires. Une hausse signifie
que des personnes meurent sans avoir été diagnostiquées et que le virus
circule toujours discrètement dans la population. Là encore, les
analyses de laboratoire orientent directement les décisions de terrain.
Au-delà du diagnostic des malades, les scientifiques recherchent les espèces animales susceptibles d'héberger le virus Ebola.
© IRD - Jean-Jacques Lemasson
La science face aux obstacles du terrain
Produire
ces connaissances est pourtant tout sauf simple. L'épidémie s'étend
aujourd'hui sur plus de trente-six zones de santé, soit un territoire
supérieur à deux fois la Belgique. Les routes sont souvent
impraticables, les foyers très dispersés et les difficultés
d'approvisionnement permanentes. Les équipes de l'INRB se relaient entre
Kinshasa et les provinces touchées pour maintenir les capacités de
diagnostic et accompagner les laboratoires locaux.
À ces contraintes
logistiques s'ajoute un contexte sécuritaire particulièrement dégradé.
Dans certaines régions, les groupes armés compliquent les déplacements.
Quelques jours auparavant, un centre de traitement Ebola a même été
attaqué. Les patients ont fui, parfois avant la fin de leur prise en
charge, augmentant le risque de nouvelles contaminations.
« Les
malades sont rentrés dans la communauté avec tout le risque que cela
représente. Nous sommes vraiment dans un contexte extrêmement difficile
pour organiser la riposte », raconte le scientifique congolais.
C'est
précisément dans de telles situations que la recherche révèle toute son
utilité. Chaque résultat de laboratoire permet d'identifier plus vite
les malades, de comprendre comment le virus circule, d'anticiper son
évolution ou d'évaluer l'efficacité des mesures mises en place afin de
concentrer les moyens là où ils sont le plus utiles. La recherche ne
vient donc pas compléter la riposte : elle lui fournit les informations
indispensables pour agir. Et si les équipes congolaises ont pu réagir
aussi rapidement dès les premiers cas, c'est parce que ces capacités
scientifiques avaient été construites bien avant l'apparition de
l'épidémie.
Olivier Blot, IRD le Mag'
Ebola, cinquante ans d'épidémies
Découvert
en 1976 lors de deux flambées simultanées au Soudan et en République
démocratique du Congo (ex-Zaïre), le virus Ebola doit son nom à une
rivière située près de l'un des premiers foyers. Il appartient au genre
Orthoebolavirus, qui comprend six espèces. Quatre ont déjà infecté
l'être humain : Zaïre, responsable de la plupart des grandes épidémies ;
Soudan ; Bundibugyo ; et Forêt de Taï, à l'origine d'un unique cas
humain en Côte d'Ivoire en 1994. Une autre espèce, Reston, infecte
certains animaux mais n'a jamais provoqué de maladie chez l'être
humain.
Depuis 1976, une trentaine d'épidémies ont été recensées en
Afrique. La plus meurtrière, entre 2013 et 2016 en Guinée, au Liberia et
en Sierra Leone, a causé près de 29 000 cas et plus de 11 300 décès.
D'autres flambées majeures ont suivi en RDC, notamment entre 2018 et
2020, favorisant le développement de vaccins et de traitements contre
l'espèce Zaïre.
L'épidémie actuelle, apparue en 2026 en République
démocratique du Congo puis en Ouganda, est due à l'espèce Bundibugyo,
beaucoup plus rare. Contrairement à Ebola Zaïre, elle ne dispose pas
encore de vaccin ou de traitement spécifique homologué, ce qui complique
la riposte et souligne l'importance d'une identification rapide de la
souche responsable.
CONTACTS
Éric D’Ortenzio, Département Santé & Sociétés, IRD
Eddy Lusamaki, TransVIHMI(IRD/Inserm/Université de Montpellier) & Institut national de recherche biomédicale (INRB), Kinshasa, République démocratique du Congo
Placide Mbala, Institut national de recherche biomédicale (INRB), Kinshasa, République démocratique du Congo
Source : https://lemag.ird.fr/fr/ebola-...
Photo de bandeau : IRD - Pambo Bertin
