La Boutique des Sciences de Toulouse : quand la science et la société cherchent ensemble les réponses de demain
Publié par Communauté d'universités et établissements de Toulouse, le 9 juillet 2026
D'un côté, il y a des chercheurs dont les travaux pourraient éclairer de nombreuses questions de société. De l'autre, des associations, des collectivités et des citoyens confrontés à des problèmes très concrets, sur le terrain. Entre les deux, un dialogue encore trop rare. C'est précisément là qu'intervient la Boutique des Sciences de Toulouse : elle rapproche la recherche et les acteurs du territoire pour co-construire les réponses. Depuis 2024, vingt-cinq structures ont tenté l'expérience. Portrait d'un dispositif d’intermédiation au service de la recherche participative.
La Boutique des Sciences est l'un des dispositifs phares du programme TIRIS (Toulouse Initiative for Research's Impact on Society), porté par la ComUE (Communauté d'Universités et Établissements de Toulouse) au sein du service SAPS (Science Avec et Pour la Société). Soutenue par l'État et la Région Occitanie (France 2030 / ANR / FEDER), la Boutique poursuit une ambition claire : faire de la science une ressource utile, concrète et accessible, mise au service des acteurs du territoire en Occitanie Ouest.
Une interface entre la société et la recherche
Le nom peut prêter à sourire, mais la Boutique des Sciences ne vend rien. On y vient avec une question ; on en repart avec des pistes de réponse. Son rôle est celui d'une interface : recueillir les interrogations de la société civile et les mettre en relation avec des chercheurs capables d'y apporter un éclairage scientifique.
L'originalité du dispositif tient toutefois à sa méthode. Chercheurs et porteurs de projet n'y entretiennent pas une relation d'expert à bénéficiaire : ils construisent la réponse ensemble, dans une démarche de co-recherche où le savoir naît de l'échange. La connaissance issue de l’expérience du terrain et le savoir académique sont deux ressources aussi précieuses l’une que l’autre. C'est cette complémentarité assumée des savoirs qui distingue la Boutique des Sciences et fonde sa démarche.
Comment ça marche, concrètement ?
Concrètement, chaque projet est accompagné selon un parcours en plusieurs étapes. La Boutique aide d'abord le porteur de projet à reformuler sa demande en véritable question de recherche et à identifier les expertises à mobiliser. Vient ensuite la mise en relation avec une équipe de recherche, puis un travail exploratoire confié le plus souvent à un·e étudiant·e de master, encadré·e par des chercheurs et un laboratoire. Le projet se conclut par une restitution et une réflexion partagée sur la valorisation des résultats. Selon la maturité de la demande, cet accompagnement s'étend sur six à douze mois.
Une idée vieille de 50 ans, mais plus actuelle que jamais…
Les Boutiques des Sciences ne datent pas d’hier. Nées aux Pays-Bas dans les années 1970, elles ont essaimé progressivement en Europe : plus de soixante sont aujourd’hui actives sur le continent. En France, cinq boutiques ont ouvert leurs portes depuis 2013 : Lyon, Lille, Montpellier, Nice et désormais Toulouse. D'autres projets émergent à Bordeaux, Rennes et Nancy.
En 2023, le réseau francophone des boutiques des sciences s’est doté d’une charte commune, fondée sur une conviction simple : la société gagne à se construire avec la science, et réciproquement. Parce que la science ne sert pas seulement à « savoir », mais aussi à « agir ».
25 projets concrets, lancés depuis le terrain
Depuis sa création, la Boutique des Sciences de Toulouse a permis l’émergence de projets très variés : environnement, culture, impact territorial, innovation sociale… À chaque fois, le point de départ est le même : une question issue du terrain, à laquelle la recherche apporte des outils, des méthodes et un regard scientifique.
- C’est par exemple le cas des festivals culturels, avec lesquels la CCI du Gers souhaitait réfléchir à un outil pour mesurer leur impact social sur le territoire, au-delà des seuls chiffres de fréquentation et des retombées économiques. Comment évaluer ce qu’un festival apporte réellement à une commune, au lien social, à la dynamique culturelle ? Mais aussi, comment influence-t-il les trajectoires individuelles des bénévoles ou du public ? En lien avec le master Management Responsable Social et Ecologique de l’Université de Toulouse , le projet a exploré de nouveaux indicateurs et abouti à une méthodologie d’évaluation de l’impact social. Un nouvel outil que les festivals peuvent désormais s’approprier facilement pour évaluer leur propre impact social.
- Avec l’association Granhòta, qui propose des explorations en canoë-kayak au cœur de la Réserve naturelle régionale de la confluence Garonne-Ariège, c’est l’impact environnemental de sa propre activité qui était en question. Des étudiant·es de l’INSA Toulouse ont cherché à mesurer la quantité de microplastiques que la pratique du kayak libère dans l'eau, en s'appuyant sur les méthodes de caractérisation existantes. La démarche, ambitieuse, vise à porter ces conclusions jusqu’à la fédération nationale de canoë-kayak, afin de faire évoluer les usages à plus grande échelle.
- En 2025, les sujets se diversifient encore. L'association Fairéco, avec l'appui d'une étudiante du Master de sociologie Politique environnementale et pratique sociale de l’Université Jean-Jaurès et d'un chercheur du laboratoire UTOPI , explore le pouvoir d'agir des habitants des quartiers populaires de Toulouse face aux enjeux écologiques : comment faire de la transition une affaire qui se décide aussi dans les quartiers ?
- L'association Solinum, qui développe des solutions numériques pour lutter contre la précarité et améliorer l’accès aux droits, cherche ,quant à elle, à transformer ses données de terrain en levier pour orienter les politiques publiques. Une enquête exploratoire menée par un étudiant du Master Santé publique de l’Université de Toulouse a ainsi permis de mieux comprendre comment les publics accèdent à la santé dans des contextes urbains, semi-urbains et ruraux. Cette étude constitue la base scientifique permettant ensuite de définir les futurs indicateurs qui alimenteront une plateforme de données territoriales, développée par Solinum, permettant d’analyser l’offre sociale, d’identifier les zones blanches, de suivre les dynamiques d’accès aux services et d’appuyer les diagnostics territoriaux.
- Du côté de l’association La Trame, ce sont les effets du cinéma social sur l’émancipation et le lien social qui sont explorés : que produit, concrètement, une sortie au cinéma et le visionnage d’un film lorsqu’ils sont pensés comme un outil de transformation sociale ? Une étudiante du Master Intervention sociale Solidarités Sociologie de l’Université jean-Jaurès, est ainsi allée rencontrer les publics bénéficiaires et les professionnels de l’accompagnement social pour tenter de mesurer les effets du dispositif Clin d’Oeil sur leur parcours.
- Avec le LOL, le Laboratoire Organique Lustar, tiers-lieux et fablab installé dans les hautes-Pyrénées, c’est enfin la laine de tonte locale, trop souvent considérée comme un déchet, qui devient l’objet de recherche, à travers l’exploration de ses usages potentiels dans l’éco-construction. La collaboration avec un chercheur de laboratoire de Chimie Agro-industrielle de l’INP de Toulouse et une sociologue du LISST, a permis de tester de nouvelles formes de valorisation de la laine.

Ces projets ne se ressemblent pas, et c’est précisément ce qui fait la force du dispositif : la Boutique des Sciences part des réalités du terrain et de ses besoins, pour construire les conditions d’un dialogue avec la recherche scientifique. Une nouvelle manière de produire des savoirs, ensemble.
Et du côté de la recherche ?
Le dispositif ne profite pas qu'aux acteurs de terrain. Pour les chercheurs, s'engager dans la co-recherche, c'est accéder à de nouveaux terrains et aux savoirs qui s'y construisent, encadrer des travaux étudiants sur des enjeux de société, et nouer des collaborations interdisciplinaires. C'est aussi une façon de donner à ses travaux un impact sociétal concret.
L’avenir appartient à ceux qui participent !
Lancé début février 2026, le troisième Appel à Manifestation d’Intérêt de la Boutique des Sciences de Toulouse s’est clôturé fin mai 2026. Sept projets ont été sélectionnés et sont désormais accompagnés par la Boutique.
Associations, collectifs, collectivités, établissements scolaires ou culturels, médias, entreprises de l’ESS : toutes les structures peuvent candidater, à condition de porter collectivement une question de terrain et agir sur le territoire de l’Occitanie Ouest. La Boutique se chargeant du reste : accompagner chaque lauréat, et l’équipe de recherche associée, dans une collaboration constructive.
Le prochain Appel à Manifestation d’Intérêt ouvrira début 2027. De quoi laisser à chacun le temps de faire mûrir, dès maintenant, la question qu’il souhaiterait explorer.
Et vous ? Quelle est votre question ?
Face aux grands défis de notre époque, écologiques, climatiques, sociaux, culturels ou numériques, la question n'est plus de savoir si la science doit s'engager aux côtés de la société, mais comment. Les Boutiques des Sciences tracent une direction : plutôt qu'un simple outil d'innovation, elles proposent une véritable expérimentation démocratique, où la production des savoirs devient une affaire collective.
Et vous ? Quelle question aimeriez-vous explorer ensemble, acteurs de terrain et chercheurs, chacun avec son expérience et ses savoirs ? Et si cette question devenait le prochain projet accompagné par la Boutique des Sciences de Toulouse ?
Karen Lafosse-Marin, Stagiaire, Boutique des Sciences, Comue.
Contacts :
Muriel Dutrait - chargé de projet Boutique des Sciences de Toulouse, à la Comue.
boutique_sciences@univ-toulouse.fr
