Vivre avec le plomb ? Un quartier de Toulouse enquête avec les chercheurs
Publié par Communauté d'universités et établissements de Toulouse, le 14 octobre 2026 2
Au nord de Toulouse, une ancienne usine a laissé du plomb dans les sols. Les habitants d'un quartier ont décidé de faire face à cette pollution avec des chercheurs : mesurer la contamination, en comprendre les risques et apprendre à vivre avec. Récit d'une enquête de quartier menée main dans la main avec la recherche, accompagnée par la Boutique des Sciences de Toulouse.
Usine STCM - © Google Street View (vue de juillet 2020)
Une pollution héritée d'une ancienne usine
Installée en 1952 dans la zone d'activité de Fondeyre, au nord des Minimes à Toulouse, l'usine STCM a longtemps recyclé des batteries au plomb. Pendant des décennies, ses fumées ont déposé des particules de plomb sur les sols environnants. Elle a fermé ses portes en 2020, mais le plomb, lui, est resté.
En 2022, la Préfecture et l'ARS (Agence régionale de santé) révèlent aux riverains une pollution des sols et lancent une surveillance sanitaire. L'annonce fait naître une avalanche de questions. Peut-on manger les légumes du potager ? Les enfants risquent-ils quelque chose ? La maison perd-elle de sa valeur ? Devant ces inquiétudes, beaucoup d'habitants se retrouvent démunis.
Des habitants qui décident d'agir
Bien décidé à comprendre, le comité de quartier des Minimes-Barrière de Paris se tourne vers la science : il sollicite les chercheurs du laboratoire GEODE (Université Toulouse-Jean Jaurès / CNRS), avec la géographe Léa Sébastien, avec l'appui de la Boutique des Sciences de Toulouse, un dispositif du programme TIRIS, piloté par la ComUE. Les habitants prennent toute leur part : intégrés à l'équipe, ils participent, aux côtés des scientifiques, au choix des questions à creuser.
Géographes, spécialistes des sols, sociologues, étudiants et habitants mènent l'enquête ensemble. De la terre est prélevée dans les jardins, les écoles et les espaces publics, puis analysée pour en mesurer la teneur en plomb. En parallèle, des rencontres individuelles permettent de comprendre comment ils vivent cette pollution au quotidien.
L'enquête s'est déroulée par étapes. À l'automne 2024 et jusqu’à la fin de l'hiver 2025, des étudiants du master TRENT (Transitions environnementales dans les territoires, Université Toulouse-Jean Jaurès) réalisent les premiers prélèvements et les premiers entretiens. Au printemps et à l'été 2025, deux stagiaires de master, l'un en éco-ingénierie, l'autre en sociologie, prennent le relais pour analyser les échantillons, cartographier la pollutionet préparer le retour aux habitants.
Mesurer, comprendre et restituer
129 prélèvements de sols ont été réalisés dans des jardins privés et partagés, des écoles, une maison de retraite et des espaces publics. Chaque parcelle a été échantillonnée en trois points et à deux profondeurs, puis analysée pour mesurer la concentration en plomb.
Les résultats confirment une pollution bien réelle, mais très variable d'un endroit à l'autre. La teneur la plus élevée, relevée à environ 200 mètres de l'ancienne usine, atteignait 1625 mg de plomb par kilo de sol, quand la moyenne toulousaine se situe autour de 62 mg/kg. Une partie des prélèvements dépasse les seuils de vigilance (100 mg/kg) et d'intervention (300 mg/kg) définis par les autorités sanitaires. Ces mesures ont été rassemblées sur une carte du quartier, qui donne à voir la répartition de la pollution autour de l'ancien site industriel.
Carte de la pollution au plomb des sols autour de l'ancienne usine STCM, à Toulouse (2025). Réalisation : Mélanie Arab, QGIS, 2025. Sources : 5P-HAB (2025), ARS/ANTEA (2022), OpenStreetMap.
Pour restituer les résultats aux habitants, l'équipe a conçu des fiches individuelles indiquant à chacun la concentration mesurée sur sa parcelle, accompagnées d'explications sur le plomb, ses effets sur la santé et les gestes qui permettent de limiter l'exposition. Une soirée a également réuni une cinquantaine d'habitants en juillet 2025 : une présentation est venue répondre aux questions que tout le monde se pose : est-ce grave ? Peut-on manger les légumes du potager ? Peut-on laisser les enfants jouer dans le jardin ? Loin de s'arrêter aux résultats, cette soirée a fait naître quelque chose de plus inattendu.
Un quartier qui se réapproprie son territoire
Ce dernier moment a réservé une belle surprise. Invités à exprimer leurs émotions puis les actions qu'ils aimeraient mener, les participants se sont massivement tournés vers le collectif : besoin de se regrouper, de s'informer, d'agir ensemble. Beaucoup ont échangé leurs coordonnées et demandé que ce type de rencontre se renouvelle.
Le projet se poursuit aujourd'hui avec la rédaction d'un rapport final, qui rassemblera l'ensemble des travaux, et la préparation d'un livret illustré. Pensé pour le grand public et co-écrit avec les habitants, ce livret racontera autant les résultats que l'aventure humaine et scientifique de cette enquête de quartier. Au-delà des chiffres, le projet aura permis à tout un quartier de se réapproprier la connaissance de son territoire et de répondre, ensemble, à une question devenue centrale : comment vivre sereinement avec le plomb ?
Cette aventure scientifique s’est construite avec la Boutique des Sciences de Toulouse. Pour en savoir plus, découvrez notre article dédié.
Karen Lafosse, rédactrice scientifique.
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Boutique des sciences, ComUE de Toulouse
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