Aller vers les adolescents et jeunes adultes – Retour sur le Forum régional Sciences et Société 2026

Publié par Science(s) en Occitanie, le 23 septembre 2026   1

Le Forum régional Sciences et Société réunit chaque année en Occitanie une centaine de professionnels engagés dans le dialogue entre les sciences et la société. Chercheurs, médiateurs scientifiques, journalistes, collectivités, associations, établissements culturels et d'enseignement s'y retrouvent pour partager leurs expériences, croiser leurs regards et faire émerger de nouvelles pratiques.

L'édition 2026 était consacrée au thème « Aller vers » : comment toucher de nouveaux publics, créer de nouveaux partenariats, adapter nos pratiques et imaginer des formes de médiation toujours plus inclusives, participatives et ancrées dans les réalités des territoires. Retrouvez tous les comptes rendus sur cet article.

Retour sur la table ronde « Aller vers les adolescents et jeunes adultes : comprendre, dialoguer, donner le pouvoir d'agir », avec Aurélie Goncalves, Maître de Conférences HDR en STAPS et Directrice de faculté de psychologie et STAPS à Nimes Université, Elodie Charbonnier, Professeure de Psychologie Clinique, Directrice du Laboratoire APSY-v et Vice-présidente déléguée Egalité, Diversité, Inclusion à Nimes Université, Arnaud Gonzalez, Coordinateur Maison des Adolescents du Gard, Fatma Lebled, Coordinatrice du dispositif Point Accueil Ecoute Jeunes, et animé par Océane Mariusse d’Instant Science.

Dépasser les idées reçues sur la jeunesse

Dès les premières minutes de la table ronde, Océane a invité les participants à partager les mots qui leur venaient spontanément à l'esprit lorsqu'ils pensaient aux adolescents : « futur », « fragilité », « transmission », mais aussi « difficulté ». Ces premières réactions ont servi de point de départ à une réflexion plus large sur les représentations que les adultes portent sur la jeunesse.

Les intervenants ont rapidement rappelé qu'il fallait éviter les généralisations. L'adolescence est une période où l'on se construit naturellement en prenant ses distances avec le monde des adultes. Ce n'est ni un phénomène nouveau, ni un signe que « les jeunes vont mal ». Les chiffres invitent d'ailleurs à nuancer le discours : environ quatre jeunes sur cinq vont bien. L'enjeu est donc double : éviter un discours alarmiste sur toute une génération, tout en restant attentif au jeune sur cinq qui traverse de réelles difficultés.

Parler de bien-être plutôt que seulement de santé mentale

La question de la santé mentale occupe une place importante dans les échanges. Mais il est indispensable de changer de regard. Les jeunes ne disent pas spontanément : « J'ai un problème de santé mentale ». Ils évoquent plutôt l'anxiété, les difficultés relationnelles, les ruptures familiales, la solitude, le décrochage scolaire ou encore la précarité.

Plutôt que d'aborder uniquement les symptômes ou les souffrances, la psychologie propose également de s'intéresser au bien-être. Une question simple peut alors devenir une porte d'entrée beaucoup plus accessible : « Est-ce que tu as aujourd'hui la vie que tu aimerais avoir ? ». 

Cette approche présente un intérêt majeur pour les professionnels de la médiation : elle ne consiste pas uniquement à intervenir lorsque les difficultés apparaissent, mais aussi à développer les ressources de tous les jeunes afin qu'ils puissent mieux faire face aux défis futurs.

C'est dans cette logique que le laboratoire APSY-v de l'Université de Nîmes a développé le dispositif Etu’Zen. Initialement conçu pour les étudiants, il peut être transposé à des publics plus jeunes. L'ensemble des supports a été co-construit avec les étudiants eux-mêmes avant d'être mis à disposition des professionnels sous la forme d'un dispositif clé en main. Le projet repose sur une série de vidéos, librement accessibles, abordant des thèmes tels que le stress, les émotions, le sommeil, les méthodes d'apprentissage, l'activité physique ou encore les inquiétudes du quotidien. Chaque vidéo associe un contenu scientifique vulgarisé à un exercice pratique.

L'intérêt du dispositif réside surtout dans le travail réalisé ensuite avec un animateur, qui invite les jeunes à partager leurs expériences, à réfléchir collectivement aux stratégies qu'ils peuvent mettre en œuvre, à réaliser l’exercice puis donner leur retour et à développer leurs propres ressources face aux difficultés qu'ils rencontrent. Cette approche illustre parfaitement l'idée défendue tout au long de la table ronde : les outils numériques prennent tout leur sens lorsqu'ils deviennent un support au dialogue, à la réflexion et à la co-construction, plutôt qu'une simple diffusion d'informations.

« Aller vers », c'est d'abord changer de posture

Au fil des échanges, une idée revient avec force : aller vers les jeunes ne consiste pas seulement à se déplacer jusqu'à eux.

Les intervenants insistent tout d'abord sur la nécessité de réellement écouter les jeunes et de ne pas leur imposer ce que les adultes souhaitent mettre en place. Une posture qui implique de partir de leurs besoins et de leurs motivations pour adapter les actions qui leur sont proposées. On peut résumer cette posture en une formule simple : il s'agit d'inverser la relation. Plutôt que d'arriver avec des réponses toutes faites, l'adulte reconnaît qu'il ne connaît pas la réalité vécue par le jeune et lui donne l'espace pour l'exprimer.

Cette posture suppose de renoncer à une partie de la position d'expert. Écouter avant d'expliquer. Comprendre avant de convaincre. Construire avec plutôt que faire pour.

Ils insistent sur cette logique de co-construction : les adolescents s'engagent volontiers lorsqu'on leur donne une véritable place dans les projets. Ils ne cherchent pas seulement à être destinataires d'actions ; ils souhaitent en devenir acteurs.

Les écrans : sortir des caricatures

Impossible d'aborder les adolescents sans évoquer les écrans et les réseaux sociaux. Pourtant, là encore, les intervenants invitent à dépasser les oppositions simplistes.

On rappelle quelques chiffres préoccupants issus des dernières études épidémiologiques de l'ANSES. Environ 75 % des enfants et des adolescents ne respectent pas les recommandations en matière d'activité physique, tandis que 80 % passent plus de deux heures par jour devant un écran hors temps scolaire, avec une moyenne qui approche les cinq heures quotidiennes. Cette sédentarité constitue un enjeu majeur, tant pour la santé physique que pour la santé mentale et les relations sociales.

Pour autant, les échanges refusent de réduire la question à une simple opposition entre écrans et activités « réelles ». Le véritable enjeu n'est pas uniquement la durée d'utilisation : c'est l'usage qui en est fait.

Passer plusieurs heures à créer un contenu, apprendre, collaborer ou développer une passion ne mobilise pas les mêmes compétences que faire défiler passivement des contenus pendant des heures.

Pour les médiateurs scientifiques, cela ouvre plusieurs pistes.

D'abord, s'intéresser sincèrement aux pratiques numériques des jeunes, sans jugement. Non pas pour devenir soi-même un adolescent ou maîtriser tous les codes des réseaux sociaux, mais pour comprendre leur univers.

Ensuite, profiter de ces usages pour développer l'esprit critique : expliquer le fonctionnement des algorithmes, les modèles économiques des plateformes, les bulles informationnelles ou encore les impacts environnementaux du numérique constitue en soi un formidable sujet de médiation scientifique.

Partir de leurs références... pour les emmener ailleurs

Comment attirer des adolescents lorsqu'on ne dispose que d'un atelier ponctuel, comme pendant la Fête de la science ?

Les échanges montrent qu'il n'existe pas de recette miracle, mais plusieurs leviers efficaces.

La culture populaire, les jeux vidéo, les mangas, les créateurs de contenus qu’ils suivent ou certaines licences très connues peuvent constituer d'excellentes portes d'entrée. Non pas pour transformer l'animation en produit marketing, mais pour créer un langage commun et susciter la curiosité.

Le numérique peut être un support pour “allez vers” les jeunes et commencer des discussions, mais les intervenants rappellent qu’ils apprécient souvent qu'on leur propose autre chose que du numérique.

Jeux de société, construction, manipulation, activités créatives… : autant de supports qui provoquent parfois un premier sourire amusé, avant de devenir de véritables outils d'échange. L'effet de surprise et le plaisir de manipuler restent des leviers puissants, y compris avec des adolescents et jeunes adultes.

Quand les jeunes deviennent co-auteurs des projets

Les intervenants présentent plusieurs dispositifs illustrant concrètement cette philosophie.

À l'Université de Nîmes, les chercheurs d’APSY-v ont choisi une approche associant les étudiants afin de créer des dispositifs pour eux : comprendre leurs besoins, leurs freins et leurs motivations, puis construire avec eux les activités qui leur correspondent réellement. Les étudiants ont ainsi participé à des ateliers de co-construction où ils ont imaginé leur « activité sportive idéale », avant de travailler avec les chercheurs à une version réaliste et adaptée aux contraintes de l'université. Cette démarche participative a permis d'améliorer durablement leur engagement dans la pratique physique et a conduit à la création, en 2022, de la première Maison Sport Santé Universitaire de France.

Elle propose un accompagnement individualisé, assuré par des enseignants en activité physique adaptée, qui construisent avec chaque étudiant un parcours tenant compte de sa santé physique, de sa santé mentale, de sa vie sociale et de ses attentes. L'objectif n'est pas d'imposer une activité, mais d'aider chacun à trouver une pratique qui lui corresponde et qu'il pourra maintenir dans la durée. Depuis cette première expérimentation, plusieurs autres Maisons Sport Santé Universitaires ont vu le jour en France.

Autre exemple inspirant : le Festival Au-delà des écrans, porté depuis six ans par la Maison des Adolescents du Gard. Le cinéma y devient un véritable outil de médiation et un prétexte pour aller vers les jeunes. Dès le mois de septembre, un groupe d'adolescents est invité à préparer un festival de cinéma présenté au public au printemps suivant. Accompagnés par une médiatrice culturelle et l'équipe de la Maison des Adolescents, ils en sont les véritables organisateurs.

Au fil des mois, les jeunes visionnent des courts-métrages, débattent, sélectionnent les œuvres et font émerger une thématique commune en lien avec leurs préoccupations. Ils apprennent à défendre leurs choix, à construire un discours et à présenter les films au public. Lors du festival, ils expliquent leurs sélections et invitent les spectateurs à échanger, transformant les séances en espaces de dialogue intergénérationnel.

Depuis quelques années, le projet s'enrichit avec la réalisation de créations audiovisuelles par les participants eux-mêmes. Les jeunes deviennent ainsi réalisateurs et médiateurs de leurs réflexions. Cette démarche incarne pleinement le « aller vers » : faire confiance aux jeunes, leur confier des responsabilités et reconnaître la légitimité de leur parole.

S'appuyer sur ceux qui connaissent déjà les jeunes

La table ronde rappelle également une évidence parfois oubliée : il est difficile d'aller vers les adolescents sans passer par les lieux qu'ils fréquentent déjà.

Maisons des adolescents, Points Accueil Écoute Jeunes, clubs sportifs, centres sociaux, structures jeunesse ou associations locales constituent autant de partenaires précieux. Ils connaissent les publics, leurs attentes et leurs territoires.

Cette logique d'alliance permet souvent de créer un premier lien avant de proposer des projets de médiation plus ambitieux. Aller vers les jeunes, c'est aussi accepter de ne pas toujours être la structure de référence, mais de s'inscrire dans un réseau de partenaires complémentaires.

Ce qu'il faut retenir

Cette table ronde ne livre pas de recette universelle pour « capter » les adolescents. Elle propose surtout un changement de perspective.

Aller vers les jeunes ne consiste pas à parler leur langage, ni à multiplier les dispositifs numériques. C'est avant tout faire preuve de curiosité, reconnaître leurs compétences, comprendre leurs usages, accepter de construire avec eux et leur laisser une véritable capacité d'agir.

En somme, il s'agit moins de chercher à convaincre les adolescents de s'intéresser à des projets que de construire des projets suffisamment ouverts pour qu'ils aient envie de s'y reconnaître.

Pour échanger avec les intervenants : 

Aurélie Goncalves, Maître de Conférences HDR en STAPS et Directrice de faculté de psychologie et STAPS à  Nimes Université, aurelie.goncalves@unimes.fr 

Élodie Charbonnier, Professeure de Psychologie Clinique, Directrice du Laboratoire APSY-v et Vice-présidente déléguée Egalité, Diversité, Inclusion à  Nimes Université, elodie.charbonnier@unimes.fr 

Arnaud Gonzalez, Coordinateur Maison des Adolescents du Gard, fabrikado@mda30.com 

Fatma Lebled, Coordinatrice du dispositif Point Accueil Écoute Jeunes, coordopaej@mda30.com  

Retrouvez tous les comptes rendus sur cet article.