Et si la salive des moustiques était la clé pour mieux lutter contre les virus Zika, dengue et Nil occidental ?
Publié par IRD Occitanie, le 25 septembre 2026 32
Les moustiques ne se contentent pas seulement de transmettre les virus qu’ils transportent : leur salive pourrait activement aider ces virus à s’installer dans l’organisme dès la piqûre. C’est ce que révèle une étude menée par une équipe de l’IRD, du CNRS, de l’Université de Montpellier (France) et de l’Université de Mahidol (Thaïlande) publiée dans Nature Communications. Les scientifiques ont identifié dans la salive des moustiques infectés un composé viral qui favoriserait l’infection en inhibant une première réponse immunitaire de l’organisme. Une découverte qui ouvre la voie à une nouvelle stratégie vaccinale contre les virus transmis par les moustiques.
Un enjeu de santé publique encore mal compris
Dengue, Zika, fièvre du Nil occidental… Les virus du genre Orthoflavivirus transmis par les moustiques représentent une menace importante pour la santé publique, notamment dans les continents tropicaux et sous tropicaux (Asie, Amérique du Sud, Afrique). À eux seuls, les virus de la dengue, du Zika et de la fièvre du Nil occidental sont responsables d’environ 500 millions d’infections par an. Tous ces virus ont un point commun : ils sont transmis lors de la piqûre d’un moustique. Or, Il n’existe pas de traitement efficace contre l’ensemble de ces maladies et les mécanismes qui permettent au virus de s’installer dans la peau une fois piquée restent encore largement incompris.
« Comprendre comment la salive du moustique influence l’infection de la peau est essentiel pour mieux comprendre la transmission et identifier de nouvelles cibles de prévention. » Julien Pompon, directeur de recherche à l’IRD
Un composé dans la salive « prépare le terrain » pour l’infection
Lorsqu’un moustique infecté pique la peau, il y injecte sa salive qui contient des particules virales. Les chercheurs ont découvert que cette salive contient également un ARN (acide ribonucléique) viral, appelé sfRNA, qui joue un rôle actif dans l’installation de l’infection. Grâce à un modèle de transmission in vivo développé au Vectopôle, un laboratoire de l’IRD basé à Montpellier dédié à l’étude des vecteurs, les scientifiques ont pu démontrer que plus la quantité de sfRNA présente dans la salive est importante, plus l’infection est favorisée.
Au-delà de son installation, le sfRNA favorise l'infection. Au moment où un virus pénètre dans la peau, le corps humain déclenche une réponse immunitaire innée destinée à le détecter et à limiter sa multiplication. Cependant, les chercheurs ont montré que, une fois injecté dans la salive, le sfRNA inhibe l’activation de la réponse immunitaire et permet ainsi aux virus de gagner du temps au niveau du site de la piqûre.
Du laboratoire à une nouvelle stratégie vaccinale
Le mécanisme a été étudié sur deux orthoflavivirus transmis par deux moustiques différents : le virus du Nil occidental transmis par des moustiques communs (Culex), et le virus Zika (ZIKV) transmis par des moustiques tigre (Aedes). Dans les deux cas, les chercheurs ont retrouvé du sfRNA dans la salive des moustiques infectés. Ces résultats suggèrent que la présence de cet ARN dans la salive pourrait constituer un mécanisme partagé par plusieurs orthoflavivirus et donc la possibilité de stratégies de prévention communes, en ciblant non pas un virus donné, mais le mécanisme qui facilite son installation au moment de la piqûre.
« Cette découverte montre comment l’étude fondamentale des mécanismes de transmission peut déboucher sur une nouvelle approche de prévention contre plusieurs maladies virales transmises par les moustiques. » - Julien Pompon, directeur de recherche à l’IRD
À partir de cette découverte, les chercheurs de l’IRD ont développé une stratégie vaccinale ciblant le composé salivaire identifié. Cette approche est actuellement développée et optimisée pour un passage à l’échelle clinique dans le cadre du projet Horizon Europe Flavivaccine, qui vise à explorer une stratégie de prévention contre plusieurs maladies endémiques des pays du Sud.
Bibliographie :
Idalba Serrato-Pomar, Hacene Medkour, [...] and Julien Pompon. “Multiple Orthoflaviviruses Secrete sfRNA in Mosquito Saliva to Promote Transmission by Inhibiting MDA5-Mediated Early Interferon Response.” Nature Communications, ahead of print, In Press
Contact presse
Mathilde Lebourgeois, mathilde.lebourgeois@ird.fr, 06 85 90 64 09
Source : https://www.ird.fr/et-si-la-sa...
Photo de bandeau : © IRD - Nil Rahola
