Défi Clé CeBBOc : ces cellules qui vont révolutionner la médecine
Publié par Science(s) en Occitanie, le 12 janvier 2026
Crédit photo : Louciné Mitoyan, Geraldine Guasch-CRCM-Inserm.licence CC-BY-NC 4.0 international.png
Lancés à l’initiative de la Région Occitanie, les Défis Clés regroupent 15 programmes de recherche qui positionnent la recherche fondamentale au cœur des enjeux stratégiques de rayonnement, d’attractivité et d’innovation du territoire.
À travers cette série d’interviews, nous vous proposons de les découvrir, ainsi que leur mobilisation dans le dialogue entre sciences et société.

Imaginez pouvoir réparer votre corps avec des cellules, comme un mécanicien qui remplacerait des pièces défectueuses par des neuves. Ce n'est plus de la science-fiction, mais une réalité qui se développe en Occitanie ! Camille Malaval-Sutra, cheffe de projet du Défi Clé CeBBOc (pour Cell Based Biotherapies Occitanie), nous présente cette initiative régionale.
Des cellules à la rescousse : utiliser le vivant pour se soigner
Et si l’avenir de la médecine passait par le vivant lui-même ?
"Les biothérapies, c'est une nouvelle façon d'aborder le médicament complémentaire à la chimie et aux médicaments classiques", introduit Camille Malaval-Sutra. Les biothérapies, c’est une révolution médicale qui utilise le vivant comme principal outil thérapeutique. Concrètement - pour les biothérapies à base de cellules, enjeu du Défi Clé CeBBOc - cela consiste à prélever les cellules d'un donneur, les amplifier, les transformer ou non puis les réinjecter. Imaginez pouvoir réparer un organe malade avec des cellules, ou tester un médicament directement sur un mini-organe reconstitué en laboratoire : c'est tout l'enjeu des biothérapies. "Jusqu'à maintenant, il s’agissait de soigner et de stopper les dégâts", explique la cheffe de projet. "Désormais, on peut imaginer et faire en sorte de régénérer pour permettre à l'organisme de revenir à un état presque initial."
Le Défi Clé CeBBOc, avec un financement de 2 millions d’euros de la Région Occitanie, rassemble ainsi une communauté ciblée de chercheurs spécialisés sur les cellules thérapeutiques. Le choix de restreindre le périmètre aux biothérapies cellulaires permet de maximiser l’impact scientifique et structurant du programme. L’objectif est de fédérer durablement les expertises entre les deux grands pôles scientifiques régionaux, Toulouse et Montpellier, pour créer un réseau intégré, visible à l’international.
Vers des traitements pour le plus grand nombre
Un combat de super héros contre le cancer ? C'est possible avec les CAR-T cells !
Prenez des lymphocytes T, les soldats de notre système immunitaire qui s’attaquent aux virus et aux cancers. Une fois qu’ils sont génétiquement modifiés, ils deviennent des chasseurs de cellules cancéreuses ultra-précis. Contrairement aux traitements traditionnels qui bombardent tout sur leur passage, ces cellules ciblent uniquement les cellules malades. A l’heure actuelle, les traitements se font à partir des cellules du patient (traitement autologue) ce qui est peut être très efficace mais très onéreux. Un des enjeux actuels est de trouver comment ces traitements pourraient se faire avec des cellules différentes de celles du patient (traitement allogénique). Cette approche permettrait de réduire considérablement les coûts et de rendre ces traitements accessibles au plus grand nombre.
Et si on pouvait tester un médicament sur un mini-organe avant de le prendre ?
Les organoïdes sont des structures 3D biologiques créés en laboratoire, à partir de vos propres cellules et dont la structure et les fonctions sont très proches des organes natifs. Par exemple, un microscopique intestin reconstitué en trois dimensions, avec ses replis et sa structure, tout comme un vrai. On peut comprendre son développement, tester des traitements, comprendre des maladies, sans risquer la moindre effraction corporelle. Ces organoïdes offrent par ailleurs une alternative éthique sans pouvoir se substituer complètement aux tests sur animaux.
Un beau défi scientifique et éthique !
L'Occitanie, terre d'innovation médicale
"Il y a de très fortes expertises complémentaires reconnues au niveau international entre l'Est et l'Ouest de la région", souligne la cheffe de projet. Porté par l’Inserm, le Défi Clé CeBBOc rassemble des chercheurs de Toulouse et de Montpellier, deux pôles d'excellence scientifique complémentaires. L'objectif ? Créer une communauté scientifique dynamique et innovante qui soit l’un des leaders international dans le domaine
Ce travail de mise en réseau est central : le Défi Clé part d’un diagnostic régional sur les forces en présence et agit concrètement pour faire émerger des collaborations inédites entre chercheurs de disciplines et de territoires différents. Beaucoup d’entre eux ne se connaissaient pas encore, et CeBBOc facilite ces connexions pour structurer une filière cohérente.
Le Défi Clé se double d'une dimension économique forte. Il travaille en étroite collaboration avec la filière économique Biothérapie Innovation Occitanie, portée par AD’OCC et Eurobiomed. L'idée est de rapprocher recherche académique et monde industriel, de transformer les découvertes scientifiques en solutions concrètes.
CeBBoc multiplie également les événements avec les entreprises du territoire : de nombreuses startups issues de laboratoires, mais aussi des grands groupes industriels sont associés. Cette dynamique favorise les passerelles entre recherche publique et innovation privée, dans une logique de développement économique local.
Parce que la science ne doit pas rester confinée en laboratoire
L'innovation ne vaut que si elle est comprise. Mais comment transformer des concepts complexes en connaissances accessibles ?
Le programme de formation Bio’Occ est né pour relever ce défi. Porté par l’Université de Toulouse et déployé à l'échelle régionale, il implique plusieurs établissements dont l’Université de Montpellier, l’INSA et l’IMT. Sa mission ? Améliorer la formation aux biothérapies et à la bioproduction pour les étudiants, mais aussi les professionnels de santé. "Les pharmaciens, les médecins généralistes sont les premiers interlocuteurs des patients sur ces sujets. Il est donc essentiel qu’ils soient formés aux avancées des biothérapies", explique Camille Malaval-Sutra.
Le programme inclut aussi des actions de formation continue pour les soignants, car ce sont eux qui répondent aux questions des patients sur ces nouveaux traitements. Ce travail de médiation scientifique est crucial pour éviter les malentendus et garantir l’adhésion du plus grand nombre.
Le Défi Clé CeBBOc souhaite donc semer les graines de la curiosité scientifique. Il travaille actuellement sur la mise en place d’un nouveau projet, visant à faire découvrir ces recherches aux collégiens et lycéens d'Occitanie. Et, ainsi, susciter la curiosité, peut-être même des vocations scientifiques.
CeBBOc participe également à des actions de vulgarisation telles que la Journée Nationale de la Bioproduction de Biomédicament et des événements grand public comme Scientilivre, et d’autres à venir. L’enjeu est clair : mettre l’innovation en biothérapies au service de la santé publique afin de renforcer leur compréhension, leur appropriation, et de les rendre pleinement accessibles au plus grand nombre.
Une chose est sûre : la médecine de demain se construit aujourd'hui dans les laboratoires d’Occitanie, cellule par cellule.
