Les cantinières, maillon précaire de l'alimentation scolaire au Ghana

Publié par IRD Occitanie, le 26 février 2026   1

Dans l’ombre des politiques alimentaires, des femmes assurent chaque jour les repas des écoliers ghanéens, sans revenus stables ni reconnaissance.

Au Ghana, des milliers d’enfants  reçoivent chaque midi un repas gratuit grâce au programme national d'alimentation scolaire. Mais une étude menée par des scientifiques de l’IRD et leurs partenaires ghanéens révèle une réalité moins visible : celle des femmes qui rendent ce système possible, souvent au prix d’une grande précarité.
Dans la plupart des écoles, il n’y a ni cuisine ni personnel dédié. Ce sont des fournisseuses locales – essentiellement des femmes comme souvent en Afrique – qui achètent les denrées au marché, les stockent chez elles, cuisinent, puis transportent les repas et servent les élèves. Elles gèrent toute la chaîne, parfois pour plusieurs centaines d'enfants par jour.
Or, les paiements de l’État sont trop modestes et arrivent souvent avec des mois de retard. En attendant, ces cantinières avancent l’argent, s’endettent auprès des commerçants ou puisent dans leurs économies personnelles pour continuer à nourrir les élèves. Certaines prennent même un second emploi pour acheter les ingrédients nécessaires. Quand les fonds tardent trop, les portions diminuent et les repas perdent en qualité nutritionnelle.
Cette « main-d’œuvre cachée » porte à bout de bras un programme censé lutter contre la malnutrition infantile. Pourtant, son travail reste peu reconnu et faiblement rémunéré. Sans sécurisation des paiements et sans meilleure prise en compte du rôle central de ces femmes, c’est tout l’équilibre du système qui demeure fragile – et avec lui, la nutrition, l'assiduité et la réussite scolaire des enfants qu’elles s’efforcent de protéger chaque jour.


Olivier Blot, IRD le Mag'


CONTACTS

Julia Liguori, doctorante MOISA (IRD/Cirad/Inrae/ Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes/Institut national d'enseignement supérieur pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)

Amos Laar, Department of Population, Family & Reproductive Health, School of Public Health, University of Ghana, Accra, Ghana

Michelle Holdsworth, MOISA (IRD/Cirad/Inrae/ Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes/Institut national d'enseignement supérieur pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)

Mathilde Savy, MOISA (IRD/Cirad/Inrae/ Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes/Institut national d'enseignement supérieur pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement)


PUBLICATION

Julia Liguori, Mathilde Savy, Amos Laar & Michelle Holdsworth,
Understanding the Decentralised School Food Procurement Model in Ghana Through the Lens of School Caterers: A Photovoice Study,
Maternal & Child Nutrition, 15 janvier 2026.

DOI : 10.1111/mcn.70141


Photo de bandeau : © Julia Liguori

Au Ghana, comme souvent en Afrique, la restauration scolaire est essentiellement assurée par des femmes.