Projet LOKI : vers une meilleure connaissance de la loase et de ses impacts sur la santé
Publié par IRD Occitanie, le 22 mai 2026
Porté par Cédric Chesnais, médecin et
épidémiologiste à l’unité TransVIHMI de l’IRD, le projet LOKI étudie les
maladies rénales liées à la loase, en vue d’une meilleure
reconnaissance clinique et de la mise en place de mesures politiques. Il
figure parmi les 136 projets lauréats de la deuxième phase « Proof of Concept 2025 ». Entretien.
Cédric, pouvez-vous nous expliquer qu’est-ce que la loase ?
La
loase est une maladie parasitaire transmise par la piqûre d’un taon en
zone forestière d’Afrique centrale. Elle est causée par un ver appelé Loa loa,
parfois visible sous la peau ou au niveau de l’œil, d’où son surnom de
« ver de l’œil ». Si certaines personnes présentent peu de symptômes,
d’autres développent des réactions inflammatoires importantes. Longtemps
considérée comme bénigne, la loase est aujourd’hui reconnue comme une
infection pouvant entraîner des complications plus sérieuses.
Quels sont les enjeux de santé liés à cette infection d’Afrique centrale ?
Glomérule rénale avec deux microfilaires de loase
© Droits réservés
La
loase touche plusieurs millions de personnes. Elle pose un double
problème de santé publique : d’une part, ses propres complications
encore mal connues ; d’autre part, le fait qu’elle complique les
campagnes de traitement contre d’autres maladies parasitaires comme l’onchocercose.
Certaines personnes fortement infectées peuvent en effet développer des
effets indésirables graves après certains traitements antiparasitaires
tel que l'ivermectine. Cela rend les stratégies de lutte plus complexes
dans ces régions.
Vos recherches portent plus spécifiquement sur les maladies rénales associées à la loase, quelles sont-elles ?
Des travaux récents suggèrent que l’infection par Loa loa
pourrait être responsable d’une maladie rénale chronique, à la fois en
République du Congo et au Cameroun, et cette infection pourrait être
responsable de 15 à 30 % de l’ensemble des maladies rénales chroniques
dans cette région du monde. Nous observons des anomalies biologiques
compatibles avec une maladie rénale, mais les mécanismes précis restent
inconnus.
Le projet LOKI vise à analyser directement le tissu rénal par biopsie afin d’identifier les types de lésions, leur sévérité et leur lien avec l’infection. L’objectif est de déterminer si la loase peut être une cause sous-estimée de maladie rénale en Afrique centrale.
Échographie rénale - Projet LOKI
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Sur le plan de la prévention et du traitement, quels sont les principaux freins aujourd’hui ?
Le
principal frein est que la loase reste encore insuffisamment
caractérisée sur le plan clinique, notamment concernant ses
complications chroniques. Cette méconnaissance limite sa visibilité dans
les priorités de santé publique. Par ailleurs, il n’existe pas d’outil
simple permettant d’identifier les patients à risque de formes sévères,
et les options thérapeutiques sont limitées, parfois difficiles à
utiliser en zone endémique. Enfin, l’accès aux soins spécialisés,
notamment en néphrologie, demeure très restreint dans les régions
rurales d’Afrique centrale, ce qui retarde le diagnostic et la prise en
charge des complications.
Avec le projet LOKI, quelles approches ou innovations proposez-vous pour répondre à ces défis ?
LOKI propose une approche innovante en combinant recherche clinique de terrain en Afrique centrale et analyses histopathologiques
de pointe. Grâce aux biopsies rénales, nous cherchons à caractériser
précisément les lésions associées à la loase. L’objectif est de poser
les bases scientifiques permettant, à terme, de développer des outils
diagnostiques plus simples et d’orienter des stratégies thérapeutiques
adaptées aux contextes locaux.
Equipe du projet LOKI
© Droits réservés
Comment s’articule le projet avec les partenaires locaux et les populations ?
Le
projet est mené en étroite collaboration avec des institutions
camerounaises, notamment des néphrologistes hospitaliers, biologistes et
chercheurs. Les communautés locales sont impliquées à chaque étape, de
l’information à l’inclusion des participants. Cette dynamique s’inscrit
également dans la mise en place d’un consortium de néphrologues de la
sous-région, avec pour objectif de rendre public un atlas des
complications rénales associées à la loase.
À terme, ce travail devrait contribuer à l’élaboration de recommandations spécifiques sur la maladie rénale chronique liée à la loase, élément clé du plaidoyer scientifique en vue de son inclusion parmi les Maladies Tropicales Négligées de l’OMS.
Grâce
à l’obtention de votre bourse Proof of Concept, quelle sera la
prochaine étape de votre travail, et qu’espérez-vous accomplir ?
L’ERC
Proof of Concept va nous permettre de transformer nos résultats
scientifiques en applications concrètes. Nous souhaitons identifier des
marqueurs prédictifs d’atteinte rénale et évaluer leur potentiel pour le
développement d’un outil diagnostique utilisable en zone endémique. Une
étape suivante consistera à explorer des marqueurs génétiques
susceptibles d’expliquer pourquoi, à caractéristiques cliniques
comparables, certains patients développent des complications rénales
sévères tandis que d’autres restent asymptomatiques. À plus long terme,
notre ambition est de mieux intégrer la loase dans les politiques de
santé publique et d’améliorer la prise en charge des patients affectés.
Les
Proof of Concept sont des financements additionnels permettant aux
lauréats d'une bourse ERC d'explorer le potentiel d'innovation de
résultats prometteurs issus de leur projet. Le financement, forfaitaire,
est de 150 000 € pour une durée de bourse fixée à 18 mois.
Source : https://www.ird.fr/projet-loki...
