Montpellier submergée : retour sur les inondations de décembre 2025
Publié par OSU OREME, le 23 janvier 2026
Par Pauline Brémond, chercheuse en économie des risques naturels à l’INRAE, laboratoire G-EAU
Juste avant les fêtes de fin d’année 2025, Montpellier a de nouveau eu les pieds dans l’eau. Un épisode pluvieux exceptionnel a déversé des quantités de pluie rarement observées : entre 100 et 130 mm relevés à Montpellier les 22 et 23 décembre, et jusqu’à plus de 300 mm en une seule journée dans certains secteurs de l’Hérault, notamment à Laroque le 21 décembre.
Rues transformées en torrents, transports interrompus, parkings et caves touchés : l’épisode de pluies intenses qui a touché la métropole a rappelé que le risque d’inondation n’appartient ni au passé ni à des territoires lointains. Il est là, au cœur de la ville, parfois visible comme lors du débordement du Lez, parfois plus discret. À Montpellier, on traverse pourtant certains cours d’eau sans même les voir. Le Verdanson notamment, petit affluent du Lez souvent caché sous nos pieds, témoigne d’un risque bien réel : celui des inondations par ruissellement urbain. Ces crues soudaines, de plus en plus fréquentes avec le changement climatique et l’urbanisation, rappellent combien il est essentiel d’apprendre à vivre avec l’eau plutôt que de chercher à la contenir à tout prix.
Comprendre les inondations : un équilibre fragile
Une inondation, ce n’est pas seulement une rivière qui déborde. C’est la rencontre entre l’aléa (le phénomène physique, mesuré par exemple par les hauteurs d’eau ou les pluies), les enjeux (habitations, routes, entreprises, cultures…), et la vulnérabilité (la sensibilité de ces enjeux face à l’eau).
Quand ces trois composantes se superposent, le risque apparaît. L’épisode récent l’a bien montré : même sans rupture spectaculaire de digue, l’eau peut s’accumuler très vite en ville. Elle ruisselle sur des sols imperméables, se concentre dans les rues, les parkings, les caves… et déborde là où on ne l’attend pas.
Le Verdanson, une rivière cachée sous la ville
Sous la rue Gerhardt coulait autrefois le “ruisseau des Vaches”. Enterré au départ pour des raisons sanitaires puis recouvert par la route, il a peu à peu disparu du paysage mais continue d’exister sous la forme d’une cave voûtée. Résultat : quand la pluie tombe plus vite que le sol en amont ne peut l’absorber, le “ruisseau des Vaches” refait surface et la rue redevient rivière, voire torrent.
Lors des épisodes pluvieux intenses, comme celui que Montpellier vient de connaître, ce fonctionnement invisible devient brutalement visible. Ce sont alors les habitations et les infrastructures urbaines qui sont touchées. Certains habitants ont appris à s’adapter : poser des protections devant les ouvertures (batardeaux), protéger les bouches d’aération, surélever les planchers. Ces gestes, modestes mais concrets, témoignent d’une cohabitation forcée entre la ville et l’eau.
Un coût humain et économique élevé
Les inondations méditerranéennes marquent les mémoires : Nîmes en 1988, Montpellier en 2014, Cannes en 2015… et désormais cet épisode récent, qui vient s’ajouter à une liste déjà longue. En France, les inondations représentent près de la moitié des sinistres climatiques assurés, soit plus de 60 milliards d’euros depuis 1982.
Mais derrière les chiffres, il y a des vies bouleversées : décès, pertes matérielles, dépôts de boues et de déchets entraînant parfois des pollutions, stress post-traumatique. L’eau laisse rarement la ville intacte, même lorsque les images spectaculaires disparaissent rapidement de l’actualité.
L’urbanisation, une boucle difficile à rompre
Plus on urbanise, plus on augmente à la fois l’exposition (il y a davantage de bâtiments en zone à risque), la vulnérabilité (les infrastructures urbaines y sont sensibles), et l’aléa lui-même, car l’artificialisation empêche l’eau de s’infiltrer. Les épisodes récents à Montpellier illustrent bien cette boucle infernale : chaque nouveau quartier bétonné peut aggraver le phénomène qu’il subit.
S’adapter collectivement
Pourtant, des solutions existent.
Les bassins d’orage contribuent à stocker temporairement l’eau lors d’épisodes intenses : le parc Charpak à Montpellier en est un bon exemple. Les Plans de Prévention des Risques d’Inondation (PPRI) encadrent la construction en zone inondable. Il est essentiel de maintenir des zones d’expansion des crues, comme le parc Montcalm.
À l’échelle individuelle, chacun peut aussi agir : désimperméabiliser une cour, installer un batardeau ou un clapet anti-retour, ou simplement observer comment circule l’eau autour de chez soi quand il pleut. Ces actions prennent tout leur sens quand l’actualité nous rappelle que la prochaine pluie intense n’est jamais très loin.
Mieux connaître pour mieux habiter
S’adapter, ce n’est pas seulement réagir à la crise : c’est comprendre le territoire, sa mémoire de l’eau, et la manière dont nos choix d’aménagement le transforment. C’est tout le sens des travaux que nous menons au sein du Service d’Observation des Impacts des Inondations (SO-II), rattaché à l’OREME : documenter, analyser, partager les retours d’expérience pour mieux cohabiter avec le risque.
En savoir plus
- Site web de l'Observatoire de Recherche Montpelliérain de l'Environnement : oreme.org
- Site web du service d’observation impacts des inondations : so-ii.org
- Site web du laboratoire : G-EAU – Économie des risques naturels
