Typhons, moussons et océan en surchauffe : l’alerte climatique en Asie du Sud-Est

Publié par IRD Occitanie, le 13 janvier 2026   1

Face à la multiplication des événements climatiques dévastateurs, l’Asie du Sud-Est mise sur la recherche et la formation scientifique.



L’Asie du Sud-Est connaît depuis plusieurs mois une succession d’événements climatiques extrêmes. Typhons à répétition, pluies torrentielles, inondations et vents violents frappent une région déjà très exposée aux aléas climatiques. Cette année, la mer de Chine méridionale a vu se former près de quinze typhons, contre une dizaine habituellement. Une activité exceptionnelle qui met en lumière la vulnérabilité croissante de ces territoires face au dérèglement climatique.
À Quy Nhon, au centre du Vietnam, les rafales de vent et les pluies intenses rappellent concrètement cette réalité. La ville a récemment été touchée par l’un de ces typhons. Et c’est justement là, à ce moment précis, que se tenait une formation internationale destinée à mieux comprendre les extrêmes climatiques et leur évolution future.




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« Nous organisions en effet à Quy Nhon une formation à la modélisation couplée océan-atmosphère pour la recherche sur le climat en Asie du Sud-Est et son évolution face au changement climatique 1  », explique Marine Herrmann, océanographe physicienne à l’IRD, au sein du LEGOS.






Le rôle clé de La Niña et du dipôle de l’océan Indien

La recrudescence des typhons en Asie du Sud-Est s’explique en grande partie par la combinaison de deux phénomènes climatiques naturels : La Niña et le dipôle de l’océan Indien, auxquels s’ajoute l’effet du réchauffement climatique.
La Niña correspond à un refroidissement accentué des eaux de surface de l’est du Pacifique équatorial. Ce refroidissement modifie la circulation de l’atmosphère et renforce les vents et les pluies dans l’ouest du Pacifique, c’est-à-dire vers l’Asie du Sud-Est. Lorsque ce phénomène se produit, l’air y devient plus chaud, plus humide et plus instable, des conditions idéales pour la formation de fortes tempêtes tropicales.
De son côté, le dipôle de l’océan Indien décrit la différence de température entre l’est et l’ouest de cet océan. Quand il est en phase négative, comme actuellement, les eaux proches de l’Asie du Sud-Est sont anormalement chaudes. Or, les typhons tirent leur énergie directement de la chaleur de la mer : plus l’océan est chaud, plus les tempêtes peuvent devenir puissantes.



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« Lorsque La Niña et un dipôle négatif de l’océan Indien se produisent en même temps, comme c’est le cas actuellement, leurs effets se cumulent : l’atmosphère devient plus instable et plus humide, et l’océan fournit davantage d’énergie. L’Asie du Sud-Est reçoit alors beaucoup plus de pluie, ce qui accroît le risque d’inondations, de glissements de terrain et d’une activité cyclonique plus intense, avec des bilans particulièrement lourds pour le Vietnam, la Thaïlande et l’Indonésie », explique Ngoc Trinh Bich, océanographe à l’Université des sciences et des technologies de Hanoï. 



En toile de fond, le changement climatique agit comme un amplificateur. Le réchauffement global des océans augmente l’intensité potentielle des tempêtes, tandis que la montée du niveau de la mer aggrave les submersions côtières. Ces phénomènes combinés rendent les événements plus violents, plus destructeurs et parfois plus difficiles à anticiper.
Face à cette complexité croissante, la compréhension fine des interactions entre l’océan et l’atmosphère devient un enjeu majeur pour améliorer les prévisions.

Gros dégâts sur le lit d'une rivière après le passage d'un typhon.

La multiplication des événements climatiques extrêmes cause des ravages croissants pour les habitations, les cultures et les infrastructures.
© IRD - Emmanuel Pannier



Renforcer les capacités pour mieux anticiper

La formation organisée à Quy Nhon, visant à renforcer les capacités scientifiques des pays de la région en matière de modélisation climatique, va en ce sens. Elle réunissait cinq scientifiques formateurs et quinze chercheurs et chercheuses venus du Vietnam, de Thaïlande, du Cambodge, d’Indonésie, des Philippines et de Malaisie pour approfondir leurs compétences. Ensemble, ils ont appris à utiliser des modèles numériques capables de simuler les échanges entre l’océan et l’atmosphère, afin notamment de mieux prévoir l’apparition, l’intensité et la trajectoire des phénomènes extrêmes.

« Nous n’aurions pas pu mieux choisir ni le lieu ni le moment pour cette formation, tant les événements récents montrent l’urgence de renforcer les capacités locales de prévision et de projection climatique », souligne Marine Herrmann.

À terme, ces compétences sont essentielles pour améliorer les systèmes d’alerte, anticiper les risques d’inondation, de submersion ou de glissements de terrain, et aider les autorités à mieux protéger les populations. Elles sont aussi cruciales pour adapter l’agriculture, la pêche et les aménagements côtiers à un climat de plus en plus instable.


Olivier Blot, IRD le Mag'


1. S'inscrivant dans le cadre de la 5ᵉ International Viet Nam Conference on Earth and Environmental Sciences organisée par l’Université des Sciences et Technologies de Hanoï - USTH à l’International Center for Interdisciplinary Science and Education, avec le soutien du Laboratoire mixte international LOTUS (IRD et USTH), du réseau de recherche international GINCCO et de la représentation IRD au Vietnam.


Source : https://lemag.ird.fr/fr/typhon...


Contacts : 

Marine Herrmann, LEGOS (IRD/CNRS/CNES/Université Toulouse 3 Paul Sabatier)

Ngoc Trinh Bich, University of Science and Technology of Hanoi, Vietnam