Réchauffement climatique : plus de 70 % de l'Hexagone touché par le moustique tigre d’ici 2085
Publié par IRD Occitanie, le 4 septembre 2026 26
Le moustique tigre asiatique (Aedes albopictus), vecteur d’arbovirus comme la dengue, le chikungunya et le Zika, s’étend rapidement en Europe. Autrefois vecteur tropical, le moustique tigre devient une menace française : il n'était présent que dans 1 département en 2004, contre 81 en 2025. Mieux anticiper son évolution et sa propagation sur le territoire est une condition nécessaire à la mise en place de stratégies de lutte adaptées. Pour la première fois, des scientifiques de l’IRD, du Cirad et de l'Abdus Salam International Centre for Theoretical Physics (ICTP) publient une étude dans Global Change Biology qui modélise à haute résolution spatiale (environ 8 km) l’impact du réchauffement climatique et des dynamiques démographiques sur l’expansion du moustique tigre en France hexagonale et le risque de transmission de la dengue à l’horizon 2085.
Le réchauffement climatique accélère la propagation du moustique tigre partout en Europe
Le moustique tigre asiatique est actuellement présent dans 30 des 45 pays d’Europe (ECDC, 2025). Il progresse vers la Belgique et l’Allemagne, tandis que l’Italie, la France, l’Espagne et la Croatie voient augmenter leur nombre de cas d’arboviroses autochtones (personnes contaminées sur l'Hexagone, en opposition aux « cas importés », qui désignent des personnes contaminées avant de se rendre sur le territoire).
Plusieurs facteurs contribuent à cette propagation rapide : un transport facilité par la mondialisation, et des conditions climatiques plus favorables (des températures plus élevées augmentent la fertilité et l’espérance de vie, et accélèrent le développement des larves). Dans l’étude, les auteurs démontrent que plus de 99 % des changements à venir dans l'aire de répartition du moustique et dans le risque de transmission seront attribuables au changement climatique, tandis que les évolutions démographiques auront un rôle négligeable.
Quels scénarios pour 2085 en France ?
En s’appuyant sur un modèle mécaniste combinant les données climatiques, démographiques et épidémiologiques de trois régions différentes, des scientifiques ont étudié pour la première fois l'impact du changement climatique sur la répartition du moustique tigre et sur le risque de transmission de la dengue en France hexagonale jusqu'en 2085, selon deux scénarios : un scénario de fortes pressions (émissions élevées de gaz à effet de serre, forte croissance démographique) et un scénario de pressions médianes (émissions médianes de gaz à effet de serre, stagnation démographique).
D’après ces projections, le moustique tigre et la dengue devraient s’étendre partout sur l'Hexagone d’ici 50 ans sous l’effet du réchauffement climatique, sauf dans les zones de montagnes. Dans le scénario de pressions médianes, 72 % du territoire deviendrait favorable à son implantation ; entre 89 % et 96 % dans le scénario de fortes pressions.
Le risque de transmission autochtone de dengue pourrait concerner 71 à 95 % du territoire, dans le scénario le plus pessimiste. La saison de transmission s'allongerait progressivement, débutant plus tôt au printemps et se prolongeant davantage en automne. On estime même que dans certaines zones des côtes méditerranéennes et basques, le vecteur pourrait devenir actif toute l’année.
Enfin, bien que les villes hébergent davantage de moustiques, les simulations montrent que les zones périurbaines et rurales seront plus vulnérables à la transmission que les grandes villes, car chaque moustique y pique un plus petit nombre de personnes de façon répétée, augmentant le potentiel de propagation.
Des informations précieuses pour des stratégies de lutte adaptées
Les données de cette étude guident l’action publique, en particulier les agences régionales de santé (ARS) et les collectivités, en identifiant les principales zones à risque à investir dans la mise en œuvre de mesures de surveillance, de prévention et de contrôle.
Celles-ci sont de trois types : sanitaire (stérilisation des moustiques, mise en place de pièges ciblés, développement de vaccins et antiviraux), climatique (intégration des projections dans les plans nationaux, mise à jour des outils de prédiction météo et de surveillance, réduction des émissions de gaz à effets de serre), et de sensibilisation des citoyens aux gestes préventifs (comme l'évacuation régulière des eaux stagnantes, qui peuvent agir comme des gîtes larvaires).
Bibliographie :
Aedes albopictus and dengue transmission risk in France over the 21st century (Global Change Biology)
Contact presse :
Joséfa Balavoine, josefa.balavoine@ird.fr, 06 08 34 41 29
Source : https://www.ird.fr/rechauffeme...
Image de bandeau : IRD - Michel Dukhan
